Vendredi 5 décembre 2008 6:14 HNE

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Théâtre

Autobahn: surplace relationnel

Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.

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cote du film : 2.5

Une critique de Josée Bilodeau

Contrairement à ce que peut laisser croire le titre, Autobahn, de l'Américain Neil LaBute, n'est pas vraiment du « road théâtre ». Les sept courtes pièces qui composent la soirée ont beau se dérouler dans une voiture, dans tous les cas, on y fait du surplace... relationnel. Ce sont de petites histoires humaines sordides, placées sous le signe de l'incommunicabilité.

Dans ce spectacle aux couleurs de bitume, LaBute dépeint une galerie de personnages stéréotypés empêtrés dans des situations malsaines et sans issue. On se parle sans se comprendre, on détourne le sens des mots, on se tait sans nécessairement écouter ce que l'autre a à dire, en ignorant sciemment le langage non verbal. Un spectacle plus grinçant que drôle, aux textes habiles, mais sans grande originalité.

Duos

Rose Maïté Erkoreka et Éric Paulhus

Photo: Maxime Côté

Rose-Maïté Erkoreka et Éric Paulhus

Sur scène, sept duos montent tour à tour dans l'habitacle d'une voiture. L'effet bulle, très réussi dès le départ, contribue à la tension qui sous-tend chacun des fragments. On rencontre une mère qui ramène sa fille adolescente du centre de désintoxication, un homme qui tente de convaincre son ami en peine d'amour de récupérer son Nintendo 64 chez son ex, un pédophile qui conduit une enfant à des milliers de kilomètres de chez elle, et puis des couples, des histoires de ruptures ou de chicanes, de solidarité, de vérités relatives...

Anne-Élisabeth Bossé et Rose-Maïté Erkoreka

Photo: Maxime Côté

Anne-Élisabeth Bossé et Rose-Maïté Erkoreka

La force de ce spectacle, c'est la qualité des textes (une heureuse traduction de Fanny Britt, on aime sa plume acérée) et la précision des comédiens, qui manipulent les silences et les mots à merveille, tout comme les menus gestes qui en disent parfois long dans l'habitacle fermé d'une voiture.

Parfois trop criards (au moins trois des pièces sont irritantes sur ce point), les échanges gardent tout de même un excellent rythme du début à la fin. Le metteur en scène Martin Faucher a su donner à l'ensemble une certaine rondeur et trouver le ton pour mettre en valeur la plupart de ces situations de crises.

Mais avec des productions comme La fête sauvage, de Mathieu Gosselin, et Betty à la plage, de Christopher Durang, la jeune compagnie théâtrale La Banquette arrière nous avait habitués à plus de fantaisie, et à des personnages beaucoup plus originaux.

Neil LaBute

On connaît Neil LaBute surtout pour ses films (In the compagny of men, Your friends and neighbors, Nurse Betty...). Mais le scénariste réalisateur américain mène également une belle carrière théâtrale dans l'off-Broadway. On le qualifie de dramaturge audacieux, un brin cynique et provocateur dans les portraits qu'il trace des relations humaines. C'est un fin critique de la société américaine, en qui on a vu un successeur de David Mamet, de Sam Shepard et d'Edward Albee.

Autobahn

Texte: Neil LaBute
Traduction: Fanny Britt
Mise en scène: Martin Faucher
Avec Anne-Élisabeth Bossé, Rose Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Anne-Marie Levasseur, Éric Paulhus, Renaud Lacelle-Bourdon, Simon Rousseau et Amélie Bonenfant


À la Licorne
du 8 avril au 3 mai

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