Vendredi 5 décembre 2008 7:36 HNE
![]() Théâtre ![]() Pi...?! : le goût de la vieJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Une critique de Josée Bilodeau Voilà quatre ans qu'on n'avait pas vu les Éternels Pigistes réunis sur scène. Avec Pi...?!, une création signée Christian Bégin mise en scène par Marie Charlebois, ils nous entraînent au coeur d'une soirée entre amis qui va déraper. Pi...?! est un spectacle qui écorche un peu par son propos, par quelques répliques cinglantes, pas parfaitement rodé encore, mais où la grande complicité d'interprètes de talent se fait sentir, encore une fois. Après plusieurs spectacles à sketches (signés Pierre Michel Tremblay), Christian Bégin, Marie Charlebois, Pier Paquette, Isabelle Vincent et Patrice Coquereau ont choisi cette fois de raconter une histoire, dans laquelle deux couples et un invité impromptu sont attablés pour un souper (en « odorama ») qui laissera des marques dans la vie de chacun des convives. On l'avait remarqué avec Circus minimus, sa précédente création: Bégin n'hésite pas à aller là où ça fait mal. Bien sûr, la pièce nous réserve des moments d'humour, mais c'est surtout dans le malaise que les personnages évoluent. La vie après la mort
Quelques mois avant ce souper, l'homme qui reçoit a été déclaré mort pendant 17 minutes. Depuis, plus rien n'a été pareil pour lui et sa conjointe, on s'en doute. Mais le changement qui s'est produit n'est pas celui que ses proches attendaient. Et celui qui cherche maintenant la différence entre le trou noir de sa mort et le vide de sa vie ne veut pas en parler, c'est même la condition qu'il impose pour ce souper. Bien sûr, il ne sera question que de « ça », d'abord dans les silences, puis très vite dans la conversation. Après une mise en situation qui s'étire un peu, marquée par une tension qui devient vite stérile, la visite-surprise du beau-frère (Patrice Coquereau) arrive comme une bouffée d'air frais dans la pièce. Personnage étrange qui entretient une maladive fascination pour tout ce qui est morbide, il vient semer la pagaille dans cette soirée avec ses affirmations crues, ses questions directes et son obsession envers le « miraculé ». Coquereau est irrésistible de sérieux dans ce rôle. Dérobades Pi...?! n'épargne ni les personnages ni le public avec les questions qu'elle soulève, notamment sur la peur de vieillir, celle d'aimer ou de vivre à fond. Sur nos diverses dérobades envers l'amour, les gens, la vie. Des thèmes qui n'ont rien de nouveau, mais le texte de Bégin réserve des moments de grande finesse et des remarques assassines qui font mouche. Parmi les moments forts, deux remarquables monologues que Marie Charlebois et Isabelle Vincent livrent avec une émouvante justesse. La tendresse de l'auteur pour ces personnages placés sur la corde raide est manifeste et traverse toute la pièce. Une belle idée aussi, pour la finale, de donner sur écran, un peu comme au cinéma, les notices nécrologiques des personnages, nous projetant dans un futur qui permet de prendre la mesure du tournant qui vient de s'amorcer dans la vie de chacun. Une jolie mise en perspective qui laisse songeur au sortir de la pièce. Pi...?!Texte: Christian Bégin À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |