Vendredi 5 décembre 2008 6:13 HNE

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Festival TransAmériques

mady-baby.edu: la disparue

Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.

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Une critique de Josée Bilodeau

Présentée en ouverture du Festival TransAmériques, mady-baby.edu, de la jeune dramaturge roumaine Gianina Cărbunariu, nous fait assister à la rapide disparition d'une jeune fille prise dans un engrenage de violence et d'exploitation sexuelle par deux compatriotes roumains exilés en Irlande: Bogdan, étudiant en arts visuels, et Voicu, qui voit en sa jeune compagne le moyen de gagner plus d'argent vite fait.

Madalina est une adolescente énergique, drôle et spontanée. Elle est pleine de rêves quand elle quitte la Roumanie pour aller rejoindre son petit ami roumain en Irlande, où l'avenir semble prometteur. Voicu s'est présenté à elle comme un impresario et lui a fait miroiter une carrière dans l'industrie du spectacle.

Mady-baby sera son nom d'« artiste », et c'est sans papiers, totalement livrée à ce fiancé qui l'exploitera sans scrupule, qu'elle plonge dans la prostitution, puis dans la pornographie sur le web, où sera englouti tout ce qu'elle a été, rêves et espoirs compris.

mady-baby.edu

Photo: Dan Bobe

mady-baby.edu

Voilà un sujet qui serait insupportable s'il n'était traité avec cette distance et cet humour grinçant, dans une esthétique simple et colorée, entre bédé et techno pop.

Sous des airs de légèreté, avec son humour direct, la pièce de Cărbunariu fait grincer des dents. Exploitant judicieusement la vidéo et la musique pop, de même qu'une esthétique bédé très colorée et fragmentée, la mise en scène colle parfaitement au texte cru, dénué de tout sentimentalisme et interprété par trois jeunes comédiens criants de vérité (Mădălina Ghiţescu, Răzvan Oprea, Rolando Matsangos). Un traitement jeune, moderne, qui fait penser à ce que propose ici la compagnie pour adolescent Le Clou.

Un court instant, cette distanciation sera brouillée par la projection d'images pornographiques à la facture web, qui troublent immédiatement par leur réalisme sordide. La frontière entre l'art et le réel s'amenuise dans ces images crues et glauques de la jeune Madalina vue sous toutes ses coutures.

La troisième pièce de Gianina Cărbunariu, créée en 2004 à Bucarest, pose un regard dur et lucide sur la nouvelle prostitution, sur la corruption et les fausses promesses de l'exil en pays riche. L'exploitation humaine s'y révèle sans issue ni fin.

Au Théâtre Prospero, du 22 au 25 mai

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