Vendredi 5 décembre 2008 7:16 HNE
![]() Festival TransAmériques ![]() Seagull play: autour de TchekhovJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Une critique de Josée Bilodeau
Voilà un spectacle tonique et stimulant que nous propose le metteur en scène brésilien Enrique Diaz avec cette Mouette démembrée et entièrement revisitée. La troupe brésilienne nous entraîne avec beaucoup de naturel et de fougue dans le très bel univers du théâtre, ses penseurs et ses créateurs. En prime, les acteurs, qui maîtrisent le spectacle à la perfection, s'expriment souvent en français, limitant l'utilisation des surtitres. Une barrière de moins et l'agréable sentiment qu'un dialogue direct s'engage avec le public. Monté comme un « spectacle-répétition » autour de La mouette, Seagull-play actualise des éléments de la pièce de Tchekhov: l'interrogation sur la représentation théâtrale et l'affrontement entre le moderne et l'ancien en art. Les acteurs ont aussi contribué au texte au fil d'improvisations collectives. Les sept comédiens incarnent d'ailleurs plusieurs personnages, nous offrant une savoureuse variation de Treplev, de Macha, de Nina, d'Arkadina, de Trigorine et de Sorine. Accessoires transformables
Devant le public souvent pris à partie, on remplit peu à peu la scène vierge d'accessoires hétéroclites qui servent à évoquer différents lieux et temps (séchoir à cheveux qui devient arme, ou mouette, casque de cosmonaute pour la Russie, plantes vertes pour la forêt, etc.). Dans l'espace d'exploration créée par Diaz, ils deviennent matière transformable à loisir, ouvrant les sens et les interprétations. L'environnement sonore, aussi éclectique que les éléments de décor, crée des atmosphères sur plusieurs niveaux, parfois en superpositions, soulignant encore une fois les différents temps de la représentation et leur enchevêtrement. Et dans cet espace ouvert sur l'oeuvre théâtrale, les spectateurs ont aussi leur rôle à jouer, invités à réfléchir avec les comédiens aux multiples sens de l'oeuvre en progression. Seagull-play fait la preuve, une fois de plus, que le théâtre de Tchekhov est une matière qui n'est pas près de s'empoussiérer, après plus d'un siècle. Particulièrement cette Mouette, avec ses questions toujours actuelles sur l'art et sa fascinante complexité dans les rapports entre les personnages. Seagull-play (La mouette) À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |