Vendredi 5 décembre 2008 7:31 HNE
![]() Bienvenue chez les Ch'tis
L'attrait du NordMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Une critique de Michel Coulombe
Le deuxième long métrage de Dany Boon appartient désormais à une catégorie à part. Avec plus de 20 millions d'entrées en France (une personne sur trois!), le film tient du phénomène sociologique. Ce qui fait plutôt plaisir. On est loin ici des comédies formatées, et pas très drôles, que produit l'Hexagone. Que l'on pense seulement aux Bronzés 3 - Amis pour la vie et à Astérix aux Jeux olympiques... Formule simple: les clichés déboulonnés L'histoire est toute simple. Un directeur de la poste essaie par tous les moyens d'être muté sur la Côte d'Azur. Il veut plaire à sa femme. Dans son empressement, il commet un faux pas. Aussi, on l'envoie plutôt à Bergues dans le Nord-Pas-de-Calais, chez les Ch'tis. Une véritable condamnation. Survivra-t-il à ce coin de pays inhospitalier? Il pleut tout le temps. Il fait froid. On y boit pour oublier. On y parle un patois incompréhensible. Et que dire du fromage... La matière première de cette comédie, ce sont les clichés. Plutôt que de les éviter, le film les énumère, les renforce, les déboulonne. À grand renfort de références au ch'timi, patois pittoresque s'il en est. Le talent comique de Dany Boon se trouve dans ce périlleux exercice. Dans ce travail d'équilibriste entre l'autodérision et l'affirmation régionale. Dans le plaisir évident qu'il met à accentuer la couleur locale. Avec humour, et une touche de mélo. De ce côté, il sort littéralement les grandes orgues! Duo irrésistible de personnages...
Comme La grande vadrouille de Gérard Oury qui détenait, jusqu'à tout récemment, le record du film français le plus populaire sur le territoire national, Bienvenue chez les Ch'tis présente un duo comique antagoniste. La formule a également bien réussi au cinéaste Francis Veber que Dany Boon a fréquenté dans La doublure. Dans Bienvenue chez les Ch'tis, on force un rapprochement entre l'homme du Nord et celui du Sud. L'employé et le patron. Le fils à maman et le mari soumis aux quatre volontés de sa femme. Selon la formule habituelle, ils devront baisser la garde et apprendre à se faire confiance. Le film s'inspire d'une autre recette gagnante. Le thème du poisson hors de l'eau. Malentendus, gaffes, méprises. Tout cela autour des différences culturelles. L'idée n'est pas nouvelle. Que l'on pense seulement à My big fat greek wedding. ... et d'acteurs Bienvenue chez les Ch'tis propulse à l'avant-plan un duo d'acteurs irrésistible: Dany Boon et Kad Merad. Le premier a quelque chose de Bourvil, le deuxième, une tête de petit fonctionnaire. Michel Galabru fait une apparition remarquée avec un monologue délirant qui rappelle, aussitôt, celui de Marlon Brando dans Apocalypse now. Le succès remporté en France par ce film a quelque chose d'ironique. L'accueil populaire a fait de cette comédie sur les différences et préjugés qui séparent les Français un film fédérateur. Leur enthousiasme sera-t-il contagieux? L'humour français sort parfois très affaibli de sa traversée de l'Atlantique. Ce qui amusait à Poitiers ne fait rire personne à Rimouski. Qui sait, les Biloutes venus du Nord renverseront peut-être cette tendance. À lire aussi 28 novembre 2008 Babine: conte fantastique26 novembre 2008 Australia: trop de tout20 novembre 2008 Un oeil sur le réel14 novembre 2008 La recette James Bond13 novembre 2008 Faut que ça danse!: entre le drame et le rire6 novembre 2008 Mes amis, mes amours: matière à sitcom31 octobre 2008 Changeling: infatigable Clint Eastwood27 octobre 2008 Le déserteur: le drame d'un conscrit24 octobre 2008 Le cinéma du monde en Abitibi17 octobre 2008 Encore de bons films à voir |