Vendredi 5 décembre 2008 6:37 HNE
![]() Comédie dramatique
La graine et le mulet: histoire d'une reconquêteMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Une critique de Michel Coulombe
Depuis quelques années, le cinéma français fouille, régulièrement, la question de l'immigration. Principalement, tout ce qui concerne la population d'origine arabe. Sa présence en Europe alimente scénarios aussi bien que débats politiques. On y revient sans cesse comme on gratte une plaie vive. Parce que ça fait mal. Parce que ça soulève d'importantes questions. Parce qu'il y a tant d'histoires à raconter... Abdellatif Kechiche est l'un des cinéastes emblématiques de ce mouvement. Son film L'esquive a triomphé aux César. La graine et le mulet l'éloigne du monde des jeunes de la banlieue. Le film s'organise plutôt autour d'un homme mûr. Début soixantaine. Fatigué. Il a tout perdu. Sa femme. Son emploi. Autant dire sa dignité. Que peut-il lui arriver de pire? Reconquérir sa vie
La graine et le mulet est l'histoire d'une reconquête. Elle se passe d'explications. L'homme n'est d'ailleurs pas très bavard. Plutôt du genre à relever les manches et à se cracher dans les mains. À montrer ce dont il est capable. Sans ostentation. Homme du port, son salut viendra d'un bateau. Abandonné, comme lui. Le jumelage va de soi. Ce bateau, il le transformera en restaurant. Qui ne rêve pas d'avoir une deuxième chance? Sur cette trame dramatique, le film aborde des thèmes comme la solidarité, le chômage, l'affirmation identitaire et le choc des cultures. Dans L'esquive, les lycéens se révélaient autour du spectacle qu'ils préparaient ensemble. Improbable rencontre avec la langue de Marivaux. Le bateau restaurant de La graine et le mulet joue, lui aussi, un rôle de révélateur. Peut-on reprendre vie quand tout le monde vous compte pour mort? Dans un cas comme dans l'autre, le salut, ou du moins la transformation, passe par un projet collectif que plusieurs jugeront illusoire. Que peut-on espérer de la graine et du mulet? C'est-à-dire d'un couscous au poisson... Distribution nature La graine et le mulet est un film du sud. Défendu par une distribution nature. Quelques acteurs entourés de plusieurs non-professionnels. Le récit donne l'impression d'être recréé par ses protagonistes. Cet effet de réel occasionne des moments de flottement, des longueurs. Des scènes d'une grande justesse aussi. Poignantes. Dans cet ensemble, les jeunes femmes s'imposent tout particulièrement. L'une apparaît comme une véritable harpie, un volcan tout près d'exploser. Une autre est bouleversante lorsqu'elle s'effondre, en larmes. Une autre encore joue son va-tout avec une danse du ventre désespérée dont on pourrait croire qu'elle ne se terminera jamais. Quand tout semble perdu, chacun réagit à sa façon. Certains se laissent abattre par la fatalité. D'autres, combatifs, demandent de l'aide. D'autres encore se battent jusqu'à leur dernier souffle. Peuvent-ils faire autrement? Abdellatif Kechiche mise sur cet état d'urgence. Impossible pour le spectateur, emporté par le mouvement final, vidé, d'y rester indifférent. À lire aussi 28 novembre 2008 Babine: conte fantastique26 novembre 2008 Australia: trop de tout20 novembre 2008 Un oeil sur le réel14 novembre 2008 La recette James Bond13 novembre 2008 Faut que ça danse!: entre le drame et le rire6 novembre 2008 Mes amis, mes amours: matière à sitcom31 octobre 2008 Changeling: infatigable Clint Eastwood27 octobre 2008 Le déserteur: le drame d'un conscrit24 octobre 2008 Le cinéma du monde en Abitibi17 octobre 2008 Encore de bons films à voir |