Jeudi 8 janvier 2009 12 h 44 HNE
![]() Nouveauté québécoise
Babine: conte fantastiqueMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Mise à jour le vendredi 28 novembre 2008 à 7 h 01 Une critique de Michel Coulombe Tôt ou tard, l'univers de Fred Pellerin devait être adapté au cinéma. Le coup d'envoi est donné avec cette adaptation de l'histoire de Babine, le fou du village. Babine est le fils de la sorcière. Son statut d'imbécile heureux changera complètement à la mort du vieux curé.
C'est que le curé neuf a besoin d'un coupable. Babine, le plus vulnérable d'entre tous, est l'homme qu'il lui faut. L'agneau sacrificiel. Tout le film s'organise autour de son accusation et de sa défense. « L'histoire que j'vas vous conter... », annonce Fred Pellerin, qui assure la narration et fait une brève apparition à l'écran. Fantastique patrimoine Babine constitue un film à part dans la cinématographie québécoise. Une version fantastique des Séraphin, Aurore et autres Survenant du patrimoine national. Certes, la vie s'y organise autour d'un village blanc et francophone. Tout le monde y connaît son voisin et le curé veille jalousement sur ses ouailles. Il y a aussi la sorcière qui dispose de pouvoirs mystérieux. Il arrive qu'une femme enceinte se refuse pendant des années à accoucher. Quant au calendrier, il échappe à la logique cartésienne. Le 43 septembre, ça vous dit quelque chose? Dans ce village réinventé, lorsque l'on sème une montre, l'on voit pousser un arbre qui fait tic tac. On l'aura compris, ici, le merveilleux enrichit la tradition. Si l'on aperçoit un taureau, il est forcément énorme, fabuleux, mythique... Réalisation ingénieuse
Le film est signé Luc Picard. Que l'on peut difficilement comparer à Tim Burton. Le deuxième film de l'acteur réalisateur n'a rien à voir avec le réalisme et les thèmes personnels abordés dans L'audition. Le cinéaste ne disposait pas du budget de Sweeney Todd, aussi Babine est-il un film particulièrement ingénieux. Luc Picard a su tirer le maximum des quelques maisons qui forment le décor principal. Le minuscule village est encaissé entre deux sommets. Et dans le ciel, on voit danser des flocons de neige, des pétales de marguerites, ou des mouches à feu. Vincent-Guillaume Otis crée un Babine entre la fragilité et l'étrangeté. On peut se demander si le récit ne souffre pas de la présence de ce personnage central incapable de dire plus de trois mots et d'exprimer clairement ses émotions. Au sein de l'imposante distribution, c'est René-Richard Cyr qui offre la composition la plus réussie. Chacune des répliques du coiffeur ivrogne fait mouche.
Langue colorée, imaginaire fantaisiste. Babine a de quoi surprendre et séduire. Le film n'est toutefois pas sans lacune. Ainsi, le découpage en tableaux enlève de la fluidité au récit. Et l'improbable accusation portée sur Babine arrive mal à cimenter l'intrigue. Le film sort en salles au bout d'une année difficile pour le cinéma québécois. Les succès ont été rares. On a dû, plus d'une fois, revoir les attentes à la baisse. Babine permettra-t-il de clore l'année en beauté? On saura bientôt à quel point le monde rural de Pellerin peut être fédérateur... À lire aussi 8 janvier 2009 2009, une année d'abondance31 décembre 2008 Une avalanche de films24 décembre 2008 Benjamin Button: de vieux bébé à jeune vieillard23 décembre 2008 The wrestler: le retour de Mickey Rourke16 décembre 2008 Claude Meunier, réalisateur15 décembre 2008 Films et séries sous le sapin11 décembre 2008 Les films du temps des Fêtes28 novembre 2008 Babine: conte fantastique26 novembre 2008 Australia: trop de tout20 novembre 2008 Un oeil sur le réel |