Jeudi 28 août 2008 0:27 HAE

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«Les aventures de ce fabuleux Vagin»

La levée d'un tabou

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

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cote du film : 3

Une critique de Danielle Laurin

Eve Ensler

Photo: AFP/Sean Gardner/Getty Images

Eve Ensler lors de la présentation des Monologues du vagin, à La Nouvelle Orléans

C'est la pièce la plus jouée dans le monde aujourd'hui, dit-on. Créée en 1996 à New York, traduite dans 45 langues, elle a été présentée dans plus de 120 pays.

« Qui aurait dit qu'une pièce où l'on prononce 123 fois le mot vagin connaîtrait un tel succès », s'amuse l'auteure des Monologues du vagin, Eve Ensler.

Des célébrités comme Glenn Close, Oprah Winfrey, Jane Fonda, Whoopi Goldberg et Susan Sarandon ont prêté leur voix au texte de l'écrivaine américaine. Au Québec, Ginette Reno, Nicole Leblanc, Louise Marleau et Geneviève Rioux comptent parmi les interprètes qui l'ont porté à la scène.

Mais Les monologues du vagin sont aussi joués partout dans le monde par des bénévoles anonymes, qui recueillent des fonds pour V-Day, un organisme crée par l'auteure de la pièce en 1998, afin de venir en aide aux femmes victimes de violence. À ce jour, V-Day a amassé pas moins de 50 millions de dollars.

Dans Les aventures de ce fabuleux Vagin (Calman-Lévy), la journaliste française d'origine irlandaise Moïra Sauvage fait le bilan du succès remporté par la pièce, mais aussi des actions posées par V-Day auprès des femmes victimes de violence, où qu'elles se trouvent: en Haïti, en Inde, au Congo, au Mexique... ou aux États-Unis.

Témoignages

Tout a commencé en Bosnie, en 1994, où Eve Ensler a rencontré des femmes victimes de viol dans le contexte de la guerre. Elle est d'autant plus bouleversée par leurs témoignages qu'elle-même a été violée et battue par son père dans l'enfance... avant de sombrer dans l'alcool, la drogue, la dépression.

Ce qui lui a permis de tenir le coup jusque-là? Le militantisme. Et l'écriture. À l'époque, la jeune femme écrit des pièces engagées (sur les femmes sans-logis, notamment), jouées dans le milieu underground de New York.

Son expérience en Bosnie lui inspire un premier monologue. Peu à peu, elle recueillera des centaines de témoignages de femmes victimes de violence, autour du globe. Témoignages auxquels elle puisera pour écrire Les monologues du vagin.

Moïra Sauvage raconte que dès la première de la pièce, en 1996, le public était conquis. « Comme le feront plus tard les millions de spectateurs dans le monde de cette petite pièce (pas plus d'une heure et demie), le public régit à ce qui fera son succès, l'emploi d'un humour ravageur pour parler d'un sujet délicat, la sexualité, et d'un sujet tabou, les violences faites aux femmes. »

La journaliste ajoute: « C'est ce mélange détonnant d'histoires drôlement racontées, dans lesquelles chacune et chacun peut se reconnaître, et d'émotion poignante qui rend Les Monologues du vagin uniques. »

Un mot tabou

Jane Fonda, Kerry Washington, Eve Ensler, Glenn Close et Brooke Shields, au 10e anniversaire du V-Day

Photo: La Presse Canadienne /AP Photo/Peter Kramer

Jane Fonda, Kerry Washington, Eve Ensler, Glenn Close et Brooke Shields, au 10e anniversaire du V-Day

Lors de la première représentation, devant une soixantaine de personnes à Greenwich Village, Eve Ensler jouait elle-même sa pièce, seule, sur scène. Elle confie à Moïra Sauvage: « Quand je l'ai écrite, je n'étais qu'une petite auteure de théâtre et le plus dur a été, même pour moi, d'arriver à ouvrir la bouche pour prononcer le mot "vagin" ».

Quant à Jane Fonda: « elle-même raconte qu'avant de le dire pour la première fois, au Madison Square Garden de New York, salle immense il est vrai, elle a prié les jours précédents pour qu'une voiture l'écrase et l'envoie à l'hôpital, de façon à éviter ce moment si perturbant! »

Qu'y a-t-il de si sacré, de si tabou autour du mot vagin? Prononcez-le à haute voix autour de vous, vous verrez... Moi-même, lorsque je lisais dans un café l'ouvrage de Moïra Sauvage, j'ai vu quelques personnes - hommes et femmes - détourner les yeux avec un air gêné, ou dégoûté, en apercevant le mot vagin, imprimé en grosses lettres sur la couverture du livre!

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