Vendredi 5 décembre 2008 6:39 HNE

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La réserve

Destins entrecroisés

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

Russell Banks au Salon du livre Étonnant voyageur, en Haïti, en 2007

Photo: AFP/Thony Belizaire

Russell Banks au Salon du livre Étonnant voyageur, en Haïti, en 2007

Nous sommes en 1936. Le 4 juillet, précisément. Au coeur des Adirondacks. Dans une réserve naturelle privée où sont rassemblés de riches New-Yorkais, pour célébrer l'Independence Day. Ça va mal tourner.

Nous sommes dans un grand roman. Un roman dense, complexe. Et tragique. Où se jouent plusieurs destins entrecroisés, au lendemain de la Grande Dépression. Tandis qu'au loin grondent la guerre d'Espagne, la montée du nazisme.

Nous sommes dans le déchirement constant. Entre principes moraux et agissements. Entre sentiments et désirs. Entre engagement et frivolité. Entre rêve et réalité.

Nous sommes dans le déchirement entre hommes et femmes, aussi. Et dans celui entre riches et pauvres. Celui entre soi et les autres, nécessairement. Celui entre soi et soi, au bout du compte.

Nous sommes dans le social, le politique, l'éthique, en même temps. Nous sommes dans l'émotion, tout aussi bien. Dans la recherche de qui on est comme être humain. De ce qu'on fait là sur la terre, et pourquoi.

Nous sommes dans la nature plus grande que nous. Dans les paysages sauvages, les points de vue à couper le souffle. Dans l'immensité, qui nous dépasse, nous englobe, nous avale.

Pas de gagnant

Russell Banks, La réserve

Nous sommes en face d'un homme et d'une femme que tout sépare. Qui vont s'entredétruire, qui le savent, et qui foncent. Lui est marié, deux enfants. Elle divorcée, sans attache. Il est peintre, très à gauche, amateur de femmes et aviateur à ses heures. Elle est riche, sans véritable métier, connue pour ses frasques, sa personnalité sulfureuse.

Nous sommes dans une intrigue à tiroirs, où tout s'emboîte finalement. Pour le pire. Nous sommes dans plusieurs vies à la fois, sans savoir qui sont les véritables héros. Chose sûre, il n'y a pas de gagnants.

Nous sommes dans l'enfance, l'âge adulte, la vieillesse. Nous sommes à tous les âges de la vie. Avec des allers-retours dans le temps. Et des secrets qui font mal, des énigmes qui restent en plan.

Nous sommes en plein questionnement. Sur le couple, la famille, les racines. Sur l'amour, la sexualité. Sur l'identité. La normalité, la perversité, la folie. La vérité, le mensonge. Et le sens du mot liberté. Avec, en toile de fond, des interrogations sur le rôle de l'art, sa fonction, sa valeur.

Nous sommes à un tournant, où tout vole en éclats. Trois cent quatre-vingts pages comme un arrêt sur image. C'est fort. Pas toujours évident à suivre, d'accord. L'impression de s'égarer par moments. Et pourtant... Impossible de décrocher.

Nous sommes dans La Réserve (Éd. Actes Sud / Leméac). De Russell Banks. L'auteur d'Affliction et De beaux lendemains, portés à l'écran par Atom Egoyan. L'auteur d'American Darling, bientôt adapté au cinéma par Martin Scorsese, avec Cate Blanchett dans le rôle principal.

Nous sommes forcément partants. Et troublés à l'arrivée.

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