Jeudi 8 janvier 2009 9 h 03 HNE
![]() Les larmes emprisonnées
Monia Mazigh: une longue année d'attenteDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Mise à jour le lundi 20 octobre 2008 à 12 h 09 Une critique de Danielle Laurin Ça ressemble à un polar, un roman à suspens, un thriller politique. C'est une histoire vraie. Celle de Maher Arar. Vue par sa femme. La mère de ses enfants, Monia Mazigh. Ça se passe dans le dédale post-onze septembre. Un homme disparaît, du jour au lendemain. Il est ingénieur en télécommunications. Il a 32 ans. Il est citoyen canadien.
Ce matin-là, le 25 septembre 2002, il part travailler. Il embrasse sa femme et ses jeunes enfants, quitte la Tunisie, où il est en vacances, pour se rendre via les États-Unis à Ottawa. Il doit donner des nouvelles en arrivant, il a promis. L'appel n'arrivera jamais. Durant une semaine, sa femme ignorera tout de lui. Que lui est-il arrivé, est-il seulement vivant? Elle finira par apprendre qu'il est en prison aux États-Unis. Huit jours plus tard, nouveau développement. La femme est informée que son mari a été déporté en Syrie, son pays d'origine, où il n'a pas mis les pieds depuis l'âge de 17 ans. Il y sera emprisonné et torturé pendant un an. Terrible année C'est cette année-là, la pire année de sa vie, que raconte Monia Mazigh dans Les larmes emprisonnées (Boréal). C'est sa vie avec ses petits, au jour le jour, qu'elle relate. Tandis qu'elle remue mer et monde pour faire libérer son mari, soupçonné à tort de terrorisme en relation avec le réseau Al-Qaïda. Elle, Tunisienne d'origine, musulmane, portant le voile. Elle que personne ne prend vraiment au sérieux. Elle, timide, effacée, naïve. Dont les questions aux autorités canadiennes restent le plus souvent sans réponse. Elle, 32 ans, docteure en économie, contrainte à compter sur l'aide sociale pour survivre. Frappant à toutes les portes, contactant les militants des droits de la personne, les médias, les chefs politiques, pour forcer le gouvernement canadien à agir. Elle, Monia Mazigh, sa colère, ses peurs, ses pleurs. Sa détermination, surtout. Son combat pendant cette année-là. Et ensuite. À la libération de son mari brisé par les humiliations subies. Pour rétablir sa réputation, demander réparation. Elle revient sur tout ça. Y compris la Commission d'enquête qui a blanchi son mari, les excuses officielles du gouvernement canadien qui ont suivi. Et le dédommagement reçu, soit 11,5 millions de dollars, dont 2 millions sont allés aux avocats. Elle écrit: « Avant de venir au Canada, nous rêvions, chacun de notre côté, de liberté et d'émancipation. » Puis: « Nous étions une famille rangée, des immigrants éduqués qui voulaient faire leur place au soleil. Je n'ai jamais douté de l'honnêteté de Maher. » Pour l'avenir Ce livre, elle l'a dédié à ses enfants, qui avaient huit mois et cinq ans au moment de la disparition soudaine de leur père. « Les regards de mes enfants me rappelaient les yeux de leur père », note-t-elle. Ce livre, Monia Mazigh l'a écrit pour témoigner de ce qu'elle a vécu, oui. Et pour témoigner de l'injustice terrible dont a été victime son mari. Mais aussi, elle l'a écrit pour l'avenir. Ce livre, comme une mise en garde. Comme une réflexion sur la signification du mot démocratie dans nos sociétés, dans notre pays. Comme un questionnement sur la valeur de la citoyenneté canadienne, accordée aux personnes venues du monde musulman, notamment. Ce livre, comme un plaidoyer pour les droits de l'homme. À mettre dans toutes les mains. À lire aussi 23 décembre 2008 Évasion à tout âge23 décembre 2008 De culture et de mots23 décembre 2008 Pour les amateurs d'histoire et de musique16 décembre 2008 Poètes sur disque ou sur papier16 décembre 2008 10 incontournables15 décembre 2008 9 titres à ne pas manquer15 décembre 2008 Place aux poètes!15 décembre 2008 Droit au coeur, les mots1 décembre 2008 Zulu: bienvenue en enfer25 novembre 2008 Le Carré à son meilleur |