Jeudi 8 janvier 2009 7 h 17 HNE
![]() Roman historique
Micheline Lachance et les enfants du péchéDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Mise à jour le lundi 3 novembre 2008 à 13 h 54 Une critique de Danielle Laurin
Le sort des filles-mères dans le Québec du 19e siècle. Le mépris dont elles étaient l'objet, la misère qui les guettait, la honte qu'elles ressentaient. C'est le sujet auquel s'attaque Micheline Lachance dans Les filles tombées (Éd. Québec Amérique). Avec doigté, la romancière explore le déchirement de ces femmes, contraintes, pour la plupart, d'abandonner leur bébé naissant. Elle s'attarde aussi au sort des enfants, ensuite. Ces enfants nés sous X, placés dans les orphelinats. En toile de fond: un hommage à une pionnière: Rosalie Jetté. Elle a fondé, à Montréal, en 1845, l'Hospice de Sainte-Pélagie, mieux connu sous le nom de la Miséricorde. Un des rares endroits où pouvaient accoucher, à l'époque, les filles tombées... dans le péché. Mais cette fois, l'auteure des best-sellers Le roman de Julie Papineau et Lady Cartier fait de son héroïne un être de pure fiction. Elle s'appelle Rose. Rose Toutcourt. Elle est née de parents inconnus, a grandi dans un orphelinat. L'histoire de Rose À la veille de ses 18 ans, Rose décide de mener une enquête, pour combler « le grand trou de ses origines ». Le roman commence là. Et nous tient en haleine jusqu'à la fin. En chemin, la narration emprunte quelques détours. Qui ralentissent quelque peu l'action. Mais qui plairont aux vrais amateurs de romans historiques. Reconstitution d'époque, références à divers événements marquants du passé, descriptions minutieuses des lieux: tout concourt à rendre palpable le contexte dans lequel évolue l'attachante Rose. C'est elle qui raconte, avec ses mots à elle. Pas de circonvolutions littéraires. Un langage simple, un style fluide, une plume alerte. Et une sensibilité à fleur de peau. Ce qu'elle sait au départ? Sa mère lui a donné naissance dans un centre pour filles-mères, à Montréal, le 8 juillet 1852. À peu près au même moment, trois autres filles-mères s'apprêtaient à accoucher au même endroit. L'une d'entre elles est morte, faute de soins appropriés de la part d'un médecin négligent... qui a péri ensuite, victime d'empoisonnement. Acte de vengeance? Les trois autres filles-mères sont montrées du doigt. À la recherche d'une mère?
C'est ainsi que Rose sera malicieusement surnommée « la fille des empoisonneuses ». Mais qui est sa mère au juste? Noémi, la petite bonne morte en couche? Mathilde, la bourgeoise fille de banquier? Elvire, la prostituée du Red Light? Ou Mary l'Irlandaise... Rose multiplie les démarches. Se rend chez l'une, chez l'autre. Procède par élimination. Difficile d'y voir clair, tant il y a de secrets entourant sa naissance. Tant il y a d'interdits, de puritanisme à cette époque. Malgré tous les revers rencontrés, Rose ne baissera pas les bras. Déterminée comme pas une, la petite orpheline. Qui, au fil d'arrivée, aura trouvé l'amour, fondé une famille. Si elle parvient bel et bien à retrouver sa mère, l'héroïne des Filles tombées n'est pas rassasiée. À la toute fin du roman, le mystère reste entier concernant son père. Qu'est-il advenu de lui? Se pourrait-il qu'il y ait une suite? Chère Rose, faites vite! À lire aussi 23 décembre 2008 Évasion à tout âge23 décembre 2008 De culture et de mots23 décembre 2008 Pour les amateurs d'histoire et de musique16 décembre 2008 Poètes sur disque ou sur papier16 décembre 2008 10 incontournables15 décembre 2008 9 titres à ne pas manquer15 décembre 2008 Place aux poètes!15 décembre 2008 Droit au coeur, les mots1 décembre 2008 Zulu: bienvenue en enfer25 novembre 2008 Le Carré à son meilleur |