Jeudi 8 janvier 2009 14 h 52 HNE
![]() Mon évasion
Benoîte Groult: une femme du 20e siècleDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Mise à jour le lundi 10 novembre 2008 à 16 h 24 Une critique de Danielle Laurin « La jeunesse d'aujourd'hui imagine mal l'extraordinaire parcours qui a été celui des femmes du 20e siècle », écrit Benoîte Groult dans Mon évasion (Grasset). À lui seul, le parcours de l'auteure en dit long... Elle est née à Paris en 1920. A obtenu le droit de vote à 25 ans. S'est mariée trois fois. A mis au monde trois enfants, a subi plusieurs avortements clandestins. S'est lancée dans l'écriture après 40 ans. Et est devenue féministe à l'aube de la cinquantaine seulement...
Quand elle regarde derrière, Benoîte Groult a l'impression « d'avoir été condamnée à une interminable course d'obstacles ». Car elle en a mis du temps, cette petite fille modèle que ses parents surnommaient Rosie, cette adolescente complexée, cette épouse soumise, à sortir de ses gonds. Ce n'est qu'après son troisième mariage, avec l'éditeur et auteur Paul Guimard, qu'elle a osé s'aventurer du côté de l'écriture. Avec sa soeur Flora, d'abord. Avec qui elle a publié, en 1962, Journal à quatre mains. Benoîte Groult sera au Salon du livre de Montréal du 19 au 22 novembre. La découverte du féminisme Dix ans plus tard, elle allait signer, seule, son premier roman, La part des choses. Avant de se lancer dans l'écriture d'un essai sur les femmes. Qui s'avérera un brûlot féministe et se vendra à plus d'un million d'exemplaires: Ainsi soit-elle. Ce sont ses découvertes concernant les mutilations sexuelles en Afrique, notamment, qui ont fait de Benoîte Groult une féministe convaincue. Pour le reste: « C'est petit à petit, à coups de parties perdues, d'erreurs gaiement assumées, de renoncements de moins en moins bien tolérés, que j'ai émergé de la gangue des conventions pour devenir quelqu'un que je n'imaginais même pas. » Tout n'est pas neuf dans Mon évasion. Benoîte Groult avait déjà dévoilé de grands pans de sa vie dans Histoire d'une évasion, un livre paru il y a une dizaine d'années. De longs extraits d'Histoire d'une évasion sont d'ailleurs reproduits dans Mon évasion. Éclairantes en soi, très certainement, ces considérations sur les combats et avancées des femmes au 20e siècle. Mais pourquoi les intégrer dans une nouvelle publication? Une fois ravalée cette petite déception - on nous sert du réchauffé, on nous prend pour qui?-, l'aventure s'avère passionnante. Le ton est direct, la plume alerte. Et le portrait d'ensemble, riche d'enseignements. L'heure de vérité
Benoîte Groult le dit: la voici rendue à l'heure de vérité. Ainsi, dans ce qu'elle présente comme le tome II de son autobiographie, elle a voulu éclairer, affirme-t-elle, « des zones volontairement laissées dans l'ombre jusqu'ici, avec la franchise et l'insouciance que seul l'âge peut conférer ». Les pages les plus touchantes concernent sa relation d'une cinquantaine d'années avec son troisième mari, Paul Guimard, mort en 2004. Une relation à la Sartre et Beauvoir, qui n'avait pas que de bons côtés. Mais qui lui a permis, à elle, d'entretenir toute sa vie la flamme amoureuse de son amant américain, rencontré à la Libération. C'est cet homme-là, mort un an avant son mari, qui lui avait servi d'inspiration pour son magnifique roman sur la passion, Les vaisseaux du coeur, il y a 20 ans. « Nous n'avons jamais réussi à ne plus nous aimer », lâche-t-elle aujourd'hui. Mon évasion se termine sur la femme qu'est devenue Benoîte Groult, à 88 ans. Elle est toujours aussi désireuse de mordre dans la vie, cette maniaque de pêche, de botanique et de ski. Mais désireuse de mourir dans la dignité, aussi. C'est la cause qu'elle défend maintenant: que l'aide à mourir ne soit plus considérée comme un crime. À lire aussi 23 décembre 2008 Évasion à tout âge23 décembre 2008 De culture et de mots23 décembre 2008 Pour les amateurs d'histoire et de musique16 décembre 2008 Poètes sur disque ou sur papier16 décembre 2008 10 incontournables15 décembre 2008 9 titres à ne pas manquer15 décembre 2008 Place aux poètes!15 décembre 2008 Droit au coeur, les mots1 décembre 2008 Zulu: bienvenue en enfer25 novembre 2008 Le Carré à son meilleur |