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Un homme très recherché

Le Carré à son meilleur

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le mardi 25 novembre 2008 à 12 h 22

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

À 77 ans, John Le Carré publie son 21e roman. Un grand roman post-11 septembre, où l'ex-agent du Foreign Office décortique les ramifications et les implications en jeu dans la guerre actuelle contre le terrorisme.

On a longtemps dit que Le Carré était LE spécialiste de la guerre froide depuis la parution, en 1963, de L'espion qui venait du froid, écoulé à près de 20 millions d'exemplaires dans le monde.

John Le Carré

Photo: La Presse Canadienne /AP Photo/Kirsty Wigglesworth

John Le Carré

Puis, quand le mur de Berlin est tombé, on a dit que le romancier avait en quelque sorte perdu son sujet... Faux. Il y a eu ensuite, parmi ses réussites, La constance du jardinier. Ce roman traitait des essais des laboratoires pharmaceutiques sur les populations africaines.

L'an dernier, on a pu lire en français Le chant de la mission, qui se passait aussi en Afrique. Au Congo, en particulier. Ce roman-là était quelque peu touffu, verbeux. Pertinent au niveau du contenu, certes. Mais ça manquait d'action, d'ancrage réel sur le terrain.

Plein la vue

John Le Carré, Un homme très recherché

Alors là, tenez-vous bien. Avec Un homme très recherché (Seuil), Le Carré retrouve tout son aplomb. Le grand maître du roman d'espionnage nous en met plein la vue. Il se montre aussi ingénieux, percutant, fracassant que dans ses romans de la guerre froide.

Il est question ici du sujet de l'heure: le terrorisme islamiste et la façon dont les pays occidentaux y réagissent. Un immense fouillis, un beau gâchis: voilà pour la vision d'ensemble.

Ce qui est montré du doigt, démonté avec parcimonie: toute cette panique, au lendemain du 11 septembre, qui a gagné l'Europe. Et bien sûr, les États-Unis, qui ont démonisé l'ennemi, se sont arrogé tous les droits, dont celui d'emprisonner et de torturer des individus soupçonnés de terrorisme, sans leur accorder le droit à un procès.

L'action se passe en Allemagne. À Hambourg, plus précisément. Où se terraient, on s'en souvient, certains des terroristes liés aux événements du 11 septembre.

Le Carré met en scène des agents des services de renseignements allemand, britannique et américain... qui vont s'embourber royalement. On assistera à un cafouillage terrible, à un coup de théâtre effrayant à la fin du roman.

Il est aussi question de la Russie. Et de la Tchétchénie. Des Tchétchènes, et des Russes musulmans, persécutés par les autorités russes. Et il est question de blanchiment d'argent.

Chemin faisant, on a l'impression de mieux comprendre les dessous de la lutte au terrorisme. L'intrigue est complexe, mais tissée serrée. Tous les fils se connectent.

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