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Polar

Zulu: bienvenue en enfer

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le lundi 1 décembre 2008 à 14 h 04

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

Caryl Férey: vous connaissez? Derrière ce pseudonyme se cache un Breton de 41 ans qui est en train de s'imposer comme un des grands auteurs de polars actuels. Attention, c'est du solide, du sordide.

Après avoir exploré la Nouvelle-Zélande dans Haka et Utu, le voici qui plante son décor dans un des pays les plus violents au monde: l'Afrique du Sud. Hal-lu-ci-nant!

Caryl Férey, Zulu

Zulu (Éd. Gallimard), Grand Prix de littérature policière 2008 en France, mesurera votre seuil de tolérance. Tolérance à l'horreur, à la terreur. Mais une fois refermé ce livre de près de 400 pages tissées serrées, votre vision de l'Afrique du Sud sera à jamais transformée.

Intrigue complexe

La scène d'ouverture, à elle seule, donne froid dans le dos. On comprendra ensuite qu'il s'agit d'un flash-back. Un petit garçon, un Zoulou, assiste à la mort de son frère, et de son père. Qu'on massacre devant lui.

On l'oblige, lui, le petit, à tout regarder. Puis on le traîne derrière la maison. Pour lui faire quoi? Nous ne le savons pas. Nous l'apprendrons à la fin du roman seulement.

Ce secret, que le garçon ne partagera jamais avec personne, aura des incidences tragiques toute sa vie durant. C'est ce que nous constaterons en chemin.

Fin du flash-back. Nous nous retrouvons 20 ans plus tard. Dans l'Afrique du Sud postapartheid et post-Mandela. Le petit Zoulou est devenu grand. Il est flic. Chef de la police criminelle, à Cape Town.

Sa mère vit toujours. Elle est âgée, malade, presque aveugle. Elle habite dans un township surpeuplé, travaille bénévolement dans un hôpital comme infirmière. Et elle vient d'être attaquée par un petit voyou.

L'action commence là. Mais très vite, le flic sera appelé ailleurs. Pour enquêter sur le meurtre d'une jeune fille blanche de bonne famille. Puis d'une autre... Une affaire de meurtres en série?

Toutes les pistes sont possibles. À commencer par celle de la haine raciale, des inégalités sociales. Mais il y a la drogue, aussi. Une nouvelle drogue, qui fait des ravages. Et que les experts n'arrivent pas à identifier.

Tout cela va prendre des proportions extraordinaires. Nous verrons à l'oeuvre plusieurs mafias, de différentes ethnies. Et des scientifiques de l'industrie pharmaceutique, qui n'ont aucun scrupule.

Violence omniprésente

En toile de fond: le sida. Mais ce qui domine par-dessus tout, c'est la violence. Elle est là partout, tout le temps.

Entre autres scènes marquantes: celle où un type vide un sac sur la table. Dedans, il y a une vingtaine de langues. Des langues humaines sanguinolentes qui viennent d'être tranchées.

Et puis, plusieurs scènes de torture, effroyables. Plusieurs corps calcinés, aussi. On a vraiment l'impression de sentir la chair humaine qui brûle. Terrifiant, oui.

Terrifiant de violence, Zulu. Mais aussi, terrifiant de talent. Cette façon qu'a l'auteur de nous plonger dans l'immense chaos qu'est l'Afrique du Sud aujourd'hui. De mettre le doigt sur les différents enjeux. Et d'attacher tous les fils ensemble.

Certains diront que Caryl Férey en fait trop. Il grossit le trait, certes. Et son intrigue est pour le moins complexe. C'est ce qu'on appelle une lecture exigeante. Mais tellement, tellement riche.

Tellement fort, ce roman. Autant du point de vue du polar et de l'enquête comme tels, que du point de vue social, politique, psychologique. L'impression, au bout du compte, comme lecteurs, d'être plus intelligents. Ça compte, non?

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