Vendredi 5 décembre 2008 4:37 HNE

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Rentrée d'automne

Toujours vivant, le CD

François Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada.

Une critique de François Blain

Lors d'une entrevue dans La Presse pour le lancement de son deuxième album (Le premier jour), la protégée de Mario Pelchat, Cindy Daniel, se disait convaincue qu'il s'agissait là de son « dernier CD à vie ».

La baisse des ventes un peu partout dans le monde confirme l'impression de la chanteuse. La rationalisation entamée depuis un certain temps par les entreprises du disque ne laisse pas de doute non plus. Mais lorsqu'on survole la liste des nouvelles et nombreuses parutions discographiques, le support moribond montre encore des signes de vitalité.

Valeurs refuges

Quand les conditions sont difficiles, les multinationales se rabattent sur des valeurs refuges. Dans le monde du spectacle, on le constate déjà: les Madonna, Céline Dion, Leonard Cohen, The Police vendent beaucoup de tickets, même s'ils sont très chers. Pour le marché du disque, les compagnies vont miser avant Noël sur U2, Beyoncé, Eminem, Black Eyed Peas ou encore de vieux routiers comme AC/DC et Metallica (12 septembre).

Les nombreuses compilations (Joe Dassin, Harmonium, Beau Dommage) parues au Québec au cours des dernières années répondaient au même principe. Cette semaine, un hommage à Félix Leclerc se souvient de son départ, le 8 du 8, 1988. Plus tard, une autre compilation saluera le poète Gaston Miron sous le titre de 12 hommes rapaillés, réalisée par Louis-Jean Cormier de Karkwa.

Hommage à Félix Leclerc

Quoi de plus classique dans la chanson française que Charles Aznavour. Il sortira deux albums. En septembre, il sera avec ses amis à l'Opéra Garnier et en novembre, l'international Charles présentera des duos réels, avec Elton John, Sting et Céline Dion, ou même virtuels avec de grands noms disparus.

Pour sa part, Julien Clerc lancera Où sont les avions? sous la direction de Benjamin Biolay, avec les plumes, entre autres, de Madame la Présidente, Carla Bruni, Maxime Le Forestier et David McNeil.

C'est la même logique qui explique le succès explosif du premier disque du trio The Lost Fingers, encore inconnu au printemps dernier. Il interprète des tubes des années 80 à la manière manouche. Quant à Sylvain Cossette, il s'est attaqué l'an passé aux années 70. Cette fois, il sort le volume 2 en octobre (70's volume 2).

Des numéros gagnants

Parmi les artistes québécois porteurs qui ont connu de bons succès dans le passé, il y a cinq noms qu'il faudra surveiller. Les Cowboys fringants ont atteint des sommets sur disque comme sur scène. Ils ont déjà annoncé un changement de ton. En fait, le groupe a mis les bouchées doubles. Le 23 septembre paraîtra L'expédition, « légèrement plus smooth et texturée que ce qu'on a déjà fait », en même temps que Sur un air de déjà vu, qui comme son titre provisoire l'indique se rapproche du « style classique » des Cowboys, comme JF Pauzé le raconte sur leur site.

L'imprévisible Jean Leloup a laissé des ritournelles qui nous resteront dans la tête longtemps. Il sait rocker et écrire des chansons merveilleusement. Parfois, il semble l'oublier et peut détruire ce qu'il fait le mieux. Qu'en sera-t-il du nouvel opus prévu pour la fin octobre? Le premier extrait, Le roi se meurt, est mené guitare battante par Steve Hill.

Après ses deux premiers albums, Daniel Boucher a pris un virage plus acoustique en tournée. Un mois avant Noël, on devrait savoir où est rendu celui qui chante Deviens-tu c'que t'as voulu?. Pour Mes Aïeux, la reconnaissance est plus récente. Des radios commerciales à Céline en passant par l'ADISQ, leur musique d'inspiration folklorique est devenue grand public.

Les Français s'intéressent désormais au groupe. L'écoute du premier extrait, Le déni de l'évidence, laisse croire que La ligne orange, leur 4e album original, sera dans le droit fil du précédent.

Mes Aïeux

Photo: Virginie Gueny

Mes Aïeux

Il ne faut pas oublier Nicola Ciccone. Comme Kevin Parent l'an dernier et plusieurs autres, le crooner d'origine italienne tentera sa chance en anglais avec Storyteller. Avec son premier titre, Little girl, son côté folk ressort davantage, tout comme cela a été le cas avec Kevin Parent.

Qu'est-ce que ça va donner?

Pour certains, c'est la curiosité qui guidera l'écoute. Par exemple, à quoi va bien ressembler le nouveau Thomas Fersen (Trois petits tours) qui s'est associé à Fred Fortin à la réalisation? De prime abord, il s'agit d'un mariage surprenant: la dentelle et la délicatesse pince-sans-rire de Fersen et l'énergie débridée et parfois brute de Fortin.

Trois petits tours

Dobacaracol avait réussi étonnamment à imposer sa musique du monde à base de reggae ici comme ailleurs. Carole Facal continue sa route sans Dorian Fabreg. Pour L'arbre aux parfums, l'utilisation du ukulélé et de l'autoharp annonce des couleurs plus folk et des propos plus intimistes.

Enfin, Thomas Hellman a percé au Québec grâce à son album L'appartement (2005). Il a montré de quoi il était capable autant sur disque que sur scène. Il a reçu plusieurs reconnaissances, dont le Prix Félix-Leclerc pour son travail. Les attentes par rapport à la suite des choses sont donc justifiées.

Qui sait?

Plusieurs autres parutions suscitent de l'intérêt. Il en va ainsi du projet de Betty Bonifassi (Triplettes de Belleville, Champion) et de Jean-Phi Goncalves (Ariane Moffatt, Plaster), baptisé Beast. Si on se fie au minialbum déjà en circulation et au titre Out of control, le groove devrait être au rendez-vous.

Une toute jeune artiste de 18 ans a pris le nom de Coeur de pirate. Encore fragile et inexpérimentée sur scène, Béatrice Martin, claviériste de Bonjour Brumaire, a quand même une touche toute particulière. Elle arrive parmi nous sur l'étiquette Grosse Boîte, la même que Tricot Machine.

Coeur de pirate

Qui sait, peut-être recevrons-nous un Abd Al Malik tout neuf en novembre? Cela semble être le cas pour un Jane Birkin intitulé Enfants d'hiver. Plusieurs autres titres sont envisagés et d'autres pourraient s'ajouter en cours de route.

Ainsi, malgré la mort annoncée du CD, ce dernier ne semble pas encore prêt à se retrouver six pieds sous terre. Pour le moment, sa fonction change. L'album devient de plus en plus souvent un carton d'invitation pour attirer le public aux spectacles, moins mal en point.

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