Vendredi 5 décembre 2008 3:36 HNE
![]() Rebel woman
Chiwoniso: Africaine du 21e siècleFrançois Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada. Une critique de François Blain
En 1998, Chiwoniso Maraire recevait le titre de Découverte RFI (Radio France internationale), succédant ainsi à la Malienne Rokia Traoré. À l'époque, la nouvelle voix du Zimbabwe venait de sortir son premier disque solo (Ancient voices). Depuis, nous avons pu l'entendre sur de nombreuses compilations. Ce n'est qu'aujourd'hui, après trois années de travail, que Chi (comme elle se fait appeler communément) arrive avec Rebel woman, un album aux confins de toutes ses influences. Dans le cadre d'une tournée nord-américaine, Chiwoniso sera en concert à Montréal le 12 septembre (Kola Note) et à Toronto le 18 septembre (Small World Festival). Une Africaine en Amérique Sa famille musicienne et son éducation américaine ont marqué le parcours artistique de la Zimbabwéenne. Son père jouait du mbira (petit piano à doigts constitué de lamelles de métal sur une caisse de résonnance) et il a déménagé aux États-Unis pour étudier l'ethnomusicologie. Dans ce contexte, l'auteure-compositrice a maîtrisé très jeune cet instrument typiquement africain, tout en baignant dans un univers musical nord-américain. Ce nouvel album prend donc les couleurs de la personnalité de l'auteure-compositrice. La tradition y est indéniablement présente par l'instrumentation: le mbira, mais aussi les percussions comme le ngoma ou le hosho. Des cuivres contemporains ajoutent parfois du groove aux mélopées africaines et elle chante deux titres en anglais. L'enregistrement a été réalisé autant aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud avec des musiciens respectés comme Hugh Masekela. Miroir, triste miroir Chiwoniso a réussi ainsi un heureux mariage de tradition et de sonorités actuelles. Elle reprend d'ailleurs une chanson traditionnelle (Pamuromo) qu'a interprétée son compatriote, le chanteur militant Thomas Mapfumo. Déjà emprisonné pour ses chansons de lutte, « le lion du Zimbabwe » est, avec Oliver Mtukudzi, l'un des représentants plus connus de la musique du Zimbabwe. Pour sa part, Chiwoniso se présente comme un miroir de ce qui l'entoure. Plusieurs de ses titres abordent des questions sociales comme Matsosi (l'exode des travailleurs), Kurima (la propriété des terres) et Rebel woman (le rôle des femmes dans la guerre d'indépendance). Mais l'auteure-compositrice parle aussi de sa région natale, de l'amour et du pouvoir guérisseur des aînés. Femmes fortes Les difficultés économiques de son pays y sont peut-être pour quelque chose dans cette pause de 10 ans depuis l'album précédent. Mais la mère de deux enfants, qui n'avait pas vraiment songé à chanter, a réussi un bon coup avec ce disque homogène et bien mené. Chiwoniso a trouvé un bel équilibre entre ses racines, parfois lourdes à porter pour une artiste africaine, et sa vie de femme du 21e siècle. Ce faisant, elle ajoute sa voix à celles d'Angélique Kidjo et Rokia Traoré, d'autres talentueuses personnalités féminines de la culture musicale africaine. Chiwoniso À lire aussi 1 décembre 2008 Beast: entre ciel et terre24 novembre 2008 La vraie nature de Daniel Boucher13 novembre 2008 Gaston Miron en chanson3 novembre 2008 La plume inspirée de Thomas Hellman27 octobre 2008 Dee: un autre son venu de l'Outaouais20 octobre 2008 Tryo: 13 ans de musique engagée et festive10 octobre 2008 Mes Aïeux: à la fois décalés et actuels3 octobre 2008 La couleur du Mozambique26 septembre 2008 Mélancoliques Cowboys Fringants19 septembre 2008 Coeur de pirate: délicatement tatoué |