Vendredi 5 décembre 2008 7:09 HNE
![]() La ligne orange
Mes Aïeux: à la fois décalés et actuelsFrançois Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada. Une critique de François Blain
L'un des tours de force du groupe Mes Aïeux est de s'inspirer de la musique folklorique, sans être cantonné exclusivement dans la période des fêtes de fin d'année et celle de la fête nationale. L'autre est certainement d'avoir réussi à célébrer plus de 10 ans de vie commune, ce qui pour un groupe n'est pas chose fréquente. On peut ajouter désormais que la formation a aussi survécu à un énorme succès populaire - celui de la chanson Dégénérations/Le reel du fossé -, tout en demeurant fidèle à sa démarche initiale. Quête identitaire Par exemple, alors que la question nationale est considérée hors d'ordre, Mes Aïeux parlent de « secouer la paresse d'un pays-promesse » (La dévire). Ils adaptent le chant patriotique À la claire fontaine et déclarent que « c'est au nom de mon fils / que j'ai le poing levé » (Belle, embarquez) Formé au lendemain de la défaite référendaire de 1995, le sextuor continue à magnifier le patrimoine québécois. Après La Corriveau, Alexis le Trotteur, Mes Aïeux ajoutent le Grand Antonio, sur un air manouche, à leur galerie de personnages légendaires. N'ont-ils pas repris Le Géant Beaupré sur le disque hommage à Beau Dommage? Cette quête identitaire s'attarde aussi à des icônes contemporaines comme le Forum de Montréal et ses fantômes ainsi que Le stade (conte complet). Dans ce dernier cas, la plume du parolier Stéphane Archambault évoque habilement les faits saillants de cette saga olympique avant d'imaginer le grand bol comme un vaisseau spatial. Arrive en ville
À l'époque des téléchargements, Mes Aïeux étonnent aussi en mettant le paquet sur une pochette et un livret de 35 pages, dessinés par nul autre que le bédéiste Michel Rabagliati (Paul dans le métro, Paul à la pêche, etc.). Déjà inspiré par Montréal, son coup de crayon naïf convient parfaitement à l'univers de Mes Aïeux, qui n'ont jamais caché faire « une musique gossée à la main par des artisans de chez nous ». Avec un titre d'album comme La ligne orange, des sujets franchement montréalais comme le Forum, Antonio ou le stade, Mes Aïeux se rapprochent encore plus de Beau Dommage (les harmonies vocales, une fille dans un groupe de gars) à qui ils ont été parfois comparés. Décalé et actuel Malgré un nom de groupe rébarbatif qui sent la nostalgie à plein nez, Mes Aïeux est en résonnance avec son époque. Ils abordent des thèmes comme le web (Prière cathodique), les stratégies de séduction dans un bar (La basse-cour) ou la relation amoureuse (La grande tornade). Malgré les nombreuses références folkloriques, Mes Aïeux réussissent à rejoindre des auditeurs qui, en d'autres temps, fuient ce genre systématiquement. Leur approche pop, théâtrale (costume scénique) et sans prétention les rend sympathiques et leur permet d'être à la fois décalés et actuels. Mes Aïeux À lire aussi 1 décembre 2008 Beast: entre ciel et terre24 novembre 2008 La vraie nature de Daniel Boucher13 novembre 2008 Gaston Miron en chanson3 novembre 2008 La plume inspirée de Thomas Hellman27 octobre 2008 Dee: un autre son venu de l'Outaouais20 octobre 2008 Tryo: 13 ans de musique engagée et festive10 octobre 2008 Mes Aïeux: à la fois décalés et actuels3 octobre 2008 La couleur du Mozambique26 septembre 2008 Mélancoliques Cowboys Fringants19 septembre 2008 Coeur de pirate: délicatement tatoué |