
Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada
Lignes directrices concernant les documentaires
Le documentaire est avant tout une œuvre liée au réel et ne relève donc pas de la fiction. Il propose donc une façon de traiter la réalité, bien que l'on reconnaisse que sa réalisation porte la marque et traduit la perspective de son auteur. En qualité de radiodiffuseur public, Radio-Canada est tenue de refléter la diversité des opinions qui anime les débats dans une société démocratique, or les documentaires jouent un rôle important pour alimenter ces débats. Ils doivent respecter les mêmes normes d'exactitude, d'intégrité et d'équité que les autres genres journalistiques de Radio-Canada. Il conviendra de ne ménager aucun effort pour remettre en question ou éprouver un parti pris, ou du moins pour faire savoir qu'il peut y avoir d'autres éclairages. Mais si cela n'est pas possible dans une émission en particulier, l'obligation d'équité et d'équilibre doit se refléter plus tard dans la série d'émissions en cause ou ailleurs dans la grille de diffusion.
L'équité et l'équilibre, comme aussi tous les principes régissant les méthodes d'enregistrement, le montage, les divers types de production et le journalisme d'enquête, s'appliquent également aux documentaires.
DOCUMENTAIRES D'OPINION
Le terme « documentaire d'opinion » englobe actuellement des genres très différents : les documentaires d'auteur, les émissions produites par des spécialistes ainsi que les œuvres engagées, c'est-à-dire témoignant d'un parti pris social ou politique. Des normes différentes s'appliquent à chacun.
DOCUMENTAIRES D'OPINION AU SENS DE DOCUMENTAIRES D'AUTEUR
Un documentaire peut être une forme de récit journalistique dont l'auteur est le personnage central. Le documentaire se présente alors comme le journal de bord de l'auteur sur un sujet particulier, la narration se déroulant à la première personne. Le terme général « documentaire d'opinion » est parfois utilisé pour décrire ce genre, basé sur la perspective du documentariste, qui peut ainsi livrer un éclairage nouveau. Parfois, le fait que l'auteur révèle ses propres attitudes et préjugés initiaux peut, en fait, mener à une forme particulièrement franche de journalisme. C'est une forme acceptée de documentaire.
DOCUMENTAIRES D'OPINION AU SENS D'ÉMISSIONS PRODUITES PAR DES SPÉCIALISTES
Parmi les documentaires les plus prestigieux, certains portent sur la pensée ou l'expérience d'un seul auteur, artiste, historien ou scientifique, et sont parfois présentés ou narrés par cette personne. On peut considérer ces séries ou documents comme les équivalents audiovisuels de livres ou d'essais. Ce sont des œuvres personnelles représentant la pensée, le fruit des recherches ou l'expérience de l'auteur. Ces émissions devraient faire appel à la participation d'experts reconnus dans leur domaine ou de personnes dont l'expérience ou le bagage de connaissances justifie, de l'avis du programmateur de Radio-Canada, qu'on accorde une telle place à leur vision du monde.
La latitude dont jouit l'auteur pour développer une thèse ou communiquer un point de vue personnel ne le dégage pas, non plus que Radio-Canada, de l'obligation de présenter des faits exacts.
DOCUMENTAIRES D'OPINION AU SENS DE DOCUMENTAIRES ENGAGÉS
Le terme « documentaire d'opinion » sert aussi à décrire une œuvre nettement engagée ou une thèse, un plaidoyer qui, s'appuyant sur des faits, préconise une solution ou un point de vue particulier sur un sujet controversé. Bien que l'œuvre soit basée sur des faits, elle ne décrit pas de façon équitable la variété d'opinions qui peuvent exister sur le sujet ou le dossier en question.
Le programmateur devra parfois décider s'il doit diffuser une production qui transgresse de façon significative les normes journalistiques de Radio-Canada parce que cette production prend ouvertement parti sur une question controversée, au point d'exclure les autres faits pertinents et les autres points de vue. Cette forme de documentaire est parfois considérée comme l'équivalent audiovisuel d'un éditorial ou d'un article dans la page de commentaires d'un journal, ou encore d'une prise de position dans un débat. Même si elle est basée sur des faits, l'œuvre ne présente pas de manière équitable toutes les facettes d'une question ainsi qu'on l'exige dans les productions de la Radio-Canada. Elle va au-delà de la simple perspective d'un auteur inhérente à toute œuvre : elle devient une thèse, une prise de position, un point de vue dans une controverse. Ces œuvres d'opinion font partie de la tradition journalistique canadienne et ont leur place sur les ondes comme dans les imprimés. Toutefois, il faudra veiller le plus possible à préserver l'intégrité et l'impartialité de Radio-Canada dans sa programmation d'information, ainsi que son indépendance envers les groupes d'intérêts en cause.
Avant d'envisager de diffuser des documentaires d'opinion, Radio-Canada doit assurer l'équité et l'équilibre par d'autres moyens. Elle devrait aussi veiller à ce que des groupes d'intérêt politiques ou économiques, ou encore des groupes de pression, ne cherchent à faire valoir leurs opinions par le biais de ce genre de production. Le programmateur devrait donc appliquer les critères suivants avant d'accepter de diffuser une œuvre d'opinion :
PARTICIPATION DES JOURNALISTES DE RADIO-CANADA À DES DOCUMENTAIRES D'OPINION
Il n'est pas approprié qu'un journalise, un animateur ou un présentateur de Radio-Canada, ou toute personne normalement associée, aux yeux du public, aux émissions d'information de Radio-Canada, participe à des émissions affichant un parti pris ou des opinions personnelles. La crédibilité dépend de qualités comme l'exactitude et l'impartialité du reportage et de la présentation. Elle dépend également de l'abstention par l'entreprise et les journalistes de tout contact ou association qui pourrait donner prise à des soupçons de partialité. Il faut éviter toute situation qui pourrait jeter un doute sur l'impartialité de l'entreprise ou du journaliste et sur leur indépendance par rapport à des groupes de pression, soient-ils idéologiques, politiques, économiques, sociaux ou culturels. (Voir le chapitre III, Principes, paragraphe 3, Crédibilité.)