Jeudi 4 décembre 2008 2:53 HNE
![]() International En profondeur
Journalistes:Florence Meney et Ahmed Kouaou Mise à jour le vendredi 15 août 2008 à 8 h 39 L'espoir trahi
Héros de l'indépendance du Zimbabwe (1972-1979), le président Robert Mugabe a rejoint le club des tristement célèbres dictateurs africains. Ses dérives totalitaires ont fini par le réduire à une « caricature de dictateur africain typique », comme se plaît à le qualifier l'archevêque et Prix Nobel de la paix Desmond Tutu. Né en 1924, Mugabe a fait ses études à Pékin et en Corée du Nord, avant de retourner dans son pays en 1960, jadis appelé la Rhodésie du Sud, pour y mener la lutte de libération, armé d'une idéologie marxiste-léniniste. Il se joint à l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU), parti de Joshua N'Komo. Trois ans plus tard, Robert Mugabe fonde un mouvement dissident, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF). Le mot Zimbabwe (dzimba dza mabwe) signifie « les demeures de pierre ». Ce parti est toutefois aussitôt interdit par Ian Smith, le chef du gouvernement de la minorité blanche rhodésienne, qui déclare unilatéralement l'indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni, en 1965. Mugabe est condamné sans procès et emprisonné pendant une dizaine d'années, tout comme Joshua N'Komo. En prison, il obtient plusieurs autres diplômes universitaires. En 1974, il quitte finalement la Rhodésie pour le Mozambique, pays voisin, d'où il prend la tête de la rébellion armée contre Ian Smith. En 1979, les accords de Lancaster House consacrent l'indépendance du Zimbabwe, et Robert Mugabe effectue un retour triomphal au pays. Il devient premier ministre à la suite d'élections générales et forme un gouvernement de réconciliation nationale. Il inclut dans son conseil des ministres plusieurs de ses adversaires, dont Joshua N'Komo. Le Zimbabwe en chiffresPopulation: 13,3 millions d'habitants (ONU, 2007) L'espoir trahi
Robert Mubage apparaît alors comme l'homme de l'espoir. Il tend la main à la minorité blanche, qui contrôle les terres agricoles, et met en place une politique sociale au profit de la majorité noire, longtemps mise à l'écart par le régime ségrégationniste d'Ian Smith. Mugabe, surnommé « Camarade Bob », développe une politique de santé et d'éducation enviable en Afrique. Ouverte aux investissements étrangers, l'économie zimbabwéenne devient florissante jusque dans les années 90. L'essor économique s'effectue toutefois sous une main de fer. En 1983 et en 1984, les partisans de son rival, Joshua N'Komo, goûtent à ses réflexes autoritaires. Les massacres qui en résultent font au moins 20 000 morts. Entre-temps, il entreprend d'asseoir son pouvoir, en renforçant ses prérogatives. En février 1987, Robert Mugabe rompt avec le système parlementaire britannique et devient, à la faveur d'une réforme constitutionnelle, le premier président de la République du Zimbabwe. Il est reconduit successivement en avril 1990, en mars 1996, puis en mars 2002. Cette dernière réélection est suivie d'une vaste réprobation internationale. En février 2000, Robert Mugabe subit un revers électoral, après le rejet référendaire essuyé par son projet de nouvelle constitution. L'homme digère mal les défaites et la contradiction, et s'en prend, souvent par la violence, à tous ceux suspectés d'agir contre lui: opposants politiques, fermiers blancs, syndicalistes, magistrats, journalistes, etc. Envers et contre tous
Tentant de redorer son blason auprès de la majorité noire notamment, M. Mugabe lance une vaste réforme agraire qui se solde par l'expropriation de près de 3000 fermiers blancs. Il s'attaque aussi à certains pays occidentaux qu'il finit par se mettre à dos. La Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, obtient des sanctions contre le Zimbabwe, et le pays est suspendu du Commonwealth le 8 décembre 2003. Comble de l'humiliation et de la déchéance pour un président omnipotent: lui et ses proches sont interdits de séjour au sein des pays membres de l'Union européenne et aux États-Unis. Sous l'oppression grandissante, le mécontentement gronde. Le parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), organise une semaine de protestation contre le président Mugabe le juin 2003. Son président, Morgan Tsvangirai, se retrouve en prison, avant d'être libéré sous caution. À 84 ans, après 28 années de règne sans partage, Mugabe s'accroche au pouvoir et aux privilèges qu'il lui procure. Il se porte candidat pour sa propre succession lors des élections générales du 29 mars 2008 avec un bilan des plus désastreux: un taux d'inflation de 165 000 %, une économie ruinée, un taux de chômage autour de 80 %, etc. Les résultats de la présidentielle accordent une légère avance à l'opposant Morgan Tsvangirai (47,9 % des suffrages, contre 43,2 % pour Robert Mugabe). Un deuxième tour aura lieu le 27 juin 2008. Quant aux élections législatives du 29 mars, le MDC y a remporté 109 sièges contre 97 pour le ZANU-PF de Mugabe. 1969: Le gouvernement adopte une nouvelle constitution limitant l'accès des Noirs au pouvoir. Des groupes nationalistes mènent une révolte armée. 10 septembre 1979: La conférence constitutionnelle de Lancaster House consacre l'indépendance du Zimbabwe. Elle permet la formation d'un gouvernement noir, après une longue lutte armée. Avril 1980: Robert Mugabe, chef de la ZANU, est élu premier ministre. 31 décembre 1987: Robert Mugabe devient le premier président de la République du Zimbabwe, après la réforme constitutionnelle d'octobre de la même année. 17 mars 1996: Réélection contestée de Robert Mugabe. Février 2000: Rejet du référendum constitutionnel visant à donner plus de pouvoirs au président. Juin 2000: Le MDC de Morgan Tsvangirai effectue une percée lors des élections législatives. Il obtient 57 sièges contre 62 pour le ZANU-PF de Robert Mugabe Mars 2002: Seconde réélection de Robert Mugabe à la présidence de la République. Avril 2002: Mugabe lance une vaste réforme agraire. 2900 fermiers blancs sont dépossédés de leurs terres, qui ont été redistribuées à la population noire. Juin 2003: Le MDC organise une semaine de protestation contre le président Mugabe. Le chef Morgan Tsvangirai est emprisonné, puis libéré sous caution 2003: Le Congrès américain inflige des sanctions financières et économiques au Zimbabwe. 2005: Le Zimbabwe se retrouve sur la liste américaine des « postes avancés de la tyrannie » aux côtés de Cuba et de la Corée du Nord. 29 mars 2008: Élections générales entachées de fraude. Le MDC remporte les législatives. Son chef, Morgan Tsvangirai, est en avance au premier tour de la présidentielle. Dossiers en profondeur ![]() Sida: l'Afrique, continent le plus touchéLa 15e conférence internationale sur le VIH et les infections sexuellement transmissibles se tient à Dakar (Sénégal). ![]() Thaïlande: crise politiqueDeux rebondissements avec le départ forcé du Premier ministre et l’accord en vue d'une reprise du trafic aérien. ![]() Élections américaines 2008Nouvelles, biographies, enjeux, ABC de la politique américaine ![]() Bali: planifier l'après-Kyoto13e conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Émissions d'information ![]() L'heure des comptesPortrait de Bill Richardson ![]() DécouverteLe syndrome du museau blanc de la chauve-souris ![]() Second regardLe christianisme selon Frédéric Lenoir ![]() Dimanche magazineLe Costa Rica et les armes à feu ![]() Les Années-lumièreDr Peter Piot: l’héritage de monsieur sida ![]() Une heure sur TerreLa fesse cachée d'Hollywood ![]() DésautelsDu côté de la Chine ![]() EnquêteLe rôle de l'ACDI |