Mise à jour le jeudi 22 mai 2008 à 20 h 18
Les recommandations
Les 37 recommandations de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles sont séparées en huit thèmes.
Les recommandations qui semblent absolument prioritaires aux yeux des commissaires apparaissent en gras dans le texte.
L'APPRENTISSAGE DE LA DIVERSITÉ
- Que l'État octroie beaucoup plus de moyens aux organismes dont le mandat est d'informer et de protéger les citoyens, et ce, en priorité dans les cas de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et du Conseil des relations interculturelles.
- Que l'État accroisse le soutien financier à des organismes comme la Fondation de la tolérance, l'Institut du Nouveau Monde et Vision Diversité. Il devrait encourager également la création d'autres projets du même genre à l'échelle du Québec dans l'information, la formation, l'action intercommunautaire, le débat interculturel, la diffusion du pluralisme.
- Que l'État encourage les projets et les initiatives permettant aux membres des minorités ethniques de se faire davantage voir et entendre devant le grand public (émissions de radio ou de télévision, journées thématiques, etc.).
- Que l'État accroisse également son appui aux initiatives analogues, aussi prometteuses, déjà en cours ou en préparation dans le monde scolaire et dans le secteur de la santé.
LES PRATIQUES D'HARMONISATION
- Que les gestionnaires d'institutions publiques intensifient leurs efforts pour:
- Adapter à leur milieu et traduire en directives concrètes les grandes balises devant guider la gestion des demandes d'ajustement;
- Poursuivre l'implantation de l'approche dite contextuelle, délibérative et réflexive.
- En conformité avec l'objectif de déjudiciarisation du traitement des demandes d'accommodement, que l'État favorise la responsabilisation des acteurs ou intervenants des milieux institutionnels en s'assurant qu'ils ont reçu une formation adéquate.
Par exemple, modifier le programme de formation des futurs enseignants pour y ajouter un apprentissage des questions interculturelles, et organiser des sessions spécialisées à l'intention du personnel en exercice.
- Que l'État s'emploie davantage à promouvoir le cadre civique commun ou ce que nous avons appelé les valeurs publiques communes au sein de diverses institutions et dans le public en général.
- Que l'État s'assure que les établissements de soins disposent d'un budget suffisant pour combler leurs besoins en services d'interprète.
- Que l'État veille à mettre sur pied les mécanismes nécessaires pour que:
- Se constitue au sein de chaque institution une expertise pratique en matière de traitement des demandes d'ajustement;
- Soit diffusé au sein de chaque établissement, en particulier auprès du nouveau personnel, le savoir accumulé par les intervenants;
- S'instituent des activités d'échange et de concertation entre les unités d'un même établissement ou entre établissements d'un même secteur;
- Les parents nouveaux immigrants soient mieux informés sur les pratiques d'ajustement et sur le fonctionnement du système scolaire.
- Les commissaires appuient l'initiative en cours à l'Assemblée nationale pour insérer dans la charte québécoise une clause interprétative établissant l'égalité hommes-femmes comme une valeur fondamentale de notre société.
- Que l'État mette sur pied un Office d'harmonisation interculturelle prenant la forme d'une instance paragouvernementale relevant de l'actuel Conseil des relations interculturelles. Oeuvrant en complémentarité avec d'autres organismes déjà existants dans des domaines connexes, cet Office remplirait notamment des fonctions d'information, de formation, d'animation, de conseil, de recherche, le tout centré sur les pratiques d'harmonisation interculturelle, y compris interconfessionnelle, dans notre société.
- En matière de congés religieux:
- Que l'État encourage les administrateurs publics et privés à s'orienter vers la formule dite des congés payés avec contrepartie, assortie de diverses possibilités d'aménagement;
- Que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse produise un avis établissant des repères pratiques à l'intention des gestionnaires de tous les milieux de travail: explication du cadre juridique, conception d'outils pour statuer sur les demandes de congés religieux et proposition d'un éventail de formules conformes aux jugements antérieurs des tribunaux et adaptables à chaque milieu de travail;
- Concernant les problèmes liés au régime de congés religieux en vigueur dans les commissions scolaires (à savoir des congés supplémentaires payés), que l'État forme un comité d'experts mandaté pour trouver une solution équitable et conforme au cadre juridique actuel du régime des congés religieux et ce, après consultation des principaux acteurs intéressés.
- Que l'État valorise l'excellence en matière de pratiques d'harmonisation dans les milieux de travail:
- En incitant les grandes sociétés d'État à affirmer un leadership dans ce domaine;
- En honorant publiquement les employeurs publics ou privés qui se sont signalés par leurs efforts d'intégration et d'harmonisation.
L'INTÉGRATION DES IMMIGRANTS
- Que l'État intensifie les mesures pour accélérer le processus de reconnaissance des compétences et des diplômes acquis à l'étranger. Parmi les mesures pressantes, les commissaires recommandent:
- La mise sur pied d'un comité d'enquête indépendant mandaté pour faire la lumière sur les pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance des diplômes;
- L'établissement d'une instance indépendante permettant aux immigrants de formuler des plaintes et de demander une révision des décisions prises par les ordres professionnels;
- La clarification des rapports entre, d'une part, le Conseil interprofessionnel du Québec, l'Office des professions du Québec et les ordres professionnels et, d'autre part, les universités, les cégeps et l'Office québécois de la langue française, afin de dénouer les impasses qui empêchent de donner suite aux exigences de formation d'appoint imposées aux immigrants.
- Que l'État intensifie ses efforts afin de stimuler la régionalisation de l'immigration.
Dans cet esprit, il conviendrait de:
- Instituer des mesures incitatives pour les entreprises qui recrutent des immigrants (par exemple, des mesures fiscales) afin de stimuler la régionalisation de l'immigration;
- Accorder un financement ad hoc aux municipalités et aux nombreux organismes d'accueil et d'encadrement qui ont été mis sur pied hors de Montréal, afin de renforcer le réseau actuel;
- Accorder une attention particulière à la Capitale nationale de façon à en faire un deuxième pôle métropolitain d'accueil des nouveaux venus;
- Inviter les régions à faire connaître leurs besoins et à formuler des projets mettant à profit la main-d'oeuvre immigrante;
- Encourager et donner de l'expansion aux ententes de stages et d'échanges d'étudiants comme celles qui existent présentement entre la France et le Québec et qui amènent dans nos régions des étudiants étrangers;
- Déléguer plus de responsabilités aux instances régionales.
- En matière de planification des taux d'immigration, que l'État s'assure de maintenir en équilibre le nombre d'entrées avec les ressources disponibles pour l'accueil, notamment l'insertion à l'emploi et la francisation.
- Afin de combler une grave déficience qui se fait sentir présentement, que l'État hausse le financement consacré aux groupes communautaires et autres organismes de première ligne oeuvrant à l'accueil et à l'intégration des immigrants, notamment pour consolider et développer le réseau d'organismes existants en évitant le saupoudrage.
- Que l'État intensifie ses efforts en matière de francisation et d'intégration des immigrants par:
- Une meilleure coordination des programmes de francisation des immigrants entre les ministères concernés;
- La mise sur pied d'un groupe d'étude pour revoir toute la question de la sous-représentation des membres des minorités ethniques dans les postes de l'administration publique et concevoir une démarche plus efficace;
- Une gestion plus concertée des programmes et des mesures d'intégration au sein de l'appareil gouvernemental, plus particulièrement entre les ministères de l'Immigration, de l'Éducation, de la Santé et de l'Emploi;
- Une meilleure articulation des politiques d'immigration et d'intégration aux objectifs de développement économique et social de notre société;
- Un effort intensif pour réduire le taux de chômage extrêmement élevé parmi les Québécois nés en Afrique et établis au Québec depuis moins de cinq ans.
- Pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants, que le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles crée à leur intention un portail interactif afin de centraliser toute l'information sur les ressources et les services institutionnels (incluant: municipaux et communautaires), qu'il s'agisse d'emploi, de logement, de santé, d'éducation, etc.
- Que l'État accroisse le soutien financier aux organismes d'appui aux femmes immigrantes.
- Que le ministère de l'Immigration prenne les mesures appropriées pour mettre à profit le bénévolat québécois aux fins de l'accueil et de l'intégration des immigrants, notamment pour leur donner accès aux réseaux sociaux.
- Que le ministère actuellement responsable de l'immigration s'appelle désormais le ministère de l'Immigration et des Relations interculturelles.
L'INTERCULTURALISME
- Pour mieux établir l'interculturalisme comme modèle devant présider aux rapports interculturels au Québec, que l'État en fasse une loi, un énoncé de principe ou une déclaration en veillant à ce que cet exercice comporte des consultations publiques et un vote de l'Assemblée nationale.
- Que l'État entreprenne une vigoureuse campagne afin de promouvoir l'interculturalisme au sein de notre société, afin qu'il soit davantage connu.
- Que l'État encourage sous toutes sortes de formes les contacts interculturels comme moyens de réduire les stéréotypes et de favoriser la participation et l'intégration à la société québécoise.
Dans cet esprit:
- Mettre en oeuvre des programmes d'immersion, de mentorat et de tutorat ainsi que de parrainage ou de jumelage, notamment sur le modèle de l'ancien programme d'échange d'étudiants entre Montréal et les régions. Dans le même esprit, intensifier les pratiques scolaires interculturelles, les diverses initiatives municipales et les programmes déjà existants;
- Encourager sous toutes ses formes l'action intercommunautaire;
- Accentuer les efforts pour stimuler le tourisme régional auprès des membres des minorités ethniques montréalaises.
- Créer un Fonds d'histoires de vie des immigrants, placé sous la gestion de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
- Que l'État prête attention aux représentations qui ont été faites concernant les écoles dites ethnoconfessionnelles.
LES INÉGALITÉS ET LA DISCRIMINATION
- Que l'État s'emploie à mieux connaître et combattre les diverses formes de racisme - en particulier l'ethnicisme - présentes dans notre société.
Dans cet esprit :
- Qu'une attention particulière soit portée à la lutte contre les crimes haineux et à la protection de toutes les personnes sujettes à la discrimination multiple (homosexuels, handicapés, etc.);
- Que la charte québécoise interdise l'incitation publique à la discrimination;
- Que des initiatives exceptionnelles soient prises pour lutter contre l'islamophobie et l'antisémitisme et pour combattre la discrimination dont sont l'objet tous les groupes racisés, notamment les Noirs;
- Que plus de ressources et de moyens soient donnés à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
- Que l'Assemblée nationale donne suite à une recommandation de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse visant à renforcer les droits économiques et sociaux reconnus aux articles 39 à 48 de la charte québécoise:
La Commission recommande que les droits économiques et sociaux reconnus aux articles 39 à 48 de la Charte soient renforcés en fonction des trois axes suivants: - Ajout d'une disposition générale, avant l'article 39, prévoyant que la loi doit respecter le contenu essentiel des droits économiques et sociaux;
- Extension aux articles 39 à 48 de la primauté sur la législation, prévue par l'article 52 de la Charte;
- Entrée en vigueur graduelle de ladite primauté, limitée dans un premier temps aux lois postérieures,puis étendue aux lois existantes.
— Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (2003)
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- Que les mandataires et les organismes de l'État soient imputables de leurs résultats en matière de lutte contre le racisme et la discrimination, et à cette fin, mettent en place des mécanismes de reddition de comptes fondés sur des indicateurs de performance.
LA LANGUE FRANÇAISE
Il n'y a aucune recommandation formelle dans le rapport puisque la CCPARDC a jugé que ce thème était à la limite de son mandat. Cela dit, les coprésidents ont procédé à une revue de la situation dans leur rapport.
Lire l'encadré sur le thème de la langue française au bas du texte pour plus de détails.
LA LAÏCITÉ
- Que le gouvernement produise un Livre blanc sur la laïcité, dont le but serait de:
- Définir ce qu'est la laïcité à partir de ses quatre principes (les deux premiers correspondant à ses finalités profondes et les deux autres se traduisant dans des structures institutionnelles essentielles);
- Rappeler les grands choix faits par le Québec en matière de laïcité;
- Défendre la conception ouverte de la laïcité choisie et mise en oeuvre par le Québec;
- Clarifier et soumettre au débat public les questions au sujet desquelles des consensus restent à construire.
- Concernant le port de signes religieux par les agents de l'État:
- Qu'il soit interdit aux magistrats et procureurs de la Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, aux président et vice-présidents de l'Assemblée nationale.
- Qu'il soit autorisé aux enseignants, aux fonctionnaires, aux professionnels de la santé et à tous les autres agents de l'État.
Que des mesures soient prises afin de rendre certaines pratiques en cours dans nos institutions publiques conformes aux principes de la laïcité ouverte. En conséquence, au nom de la séparation entre l'État et les Églises et au nom de la neutralité de l'État, nous recommandons que:- Le crucifix au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale soit retiré et replacé dans l'Hôtel du Parlement à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale ;
Lire notre article à ce sujet.- Les conseils municipaux abandonnent la récitation de la prière durant leurs séances publiques.
Que le gouvernement fasse une promotion énergique du nouveau cours d'Éthique et de culture religieuse qui doit entrer en vigueur en septembre 2008.Que l'État produise et diffuse chaque année auprès des gestionnaires d'institutions et d'organismes publics ou privés un calendrier multiconfessionnel indiquant les dates des diverses fêtes religieuses.
LES RECHERCHES À MENER
- Que l'État libère des fonds de recherche additionnels qui seraient consacrés, notamment, aux sujets suivants:
- La situation de l'interculturalisme;
- Le double rapport, chez l'immigrant, à la culture d'origine et à la culture de la société d'accueil;
- L'évolution des concentrations ethnoculturelles et leur signification en termes d'intégration ou de cloisonnement;
- L'état et l'effet intégrateur de l'action intercommunautaire;
- Le développement d'indicateurs permettant de mesurer l'effet des nombreux programmes gouvernementaux liés à l'accueil, à l'emploi, à la lutte contre la discrimination, à l'intégration sociale et culturelle;
- La situation et le parcours des sous-groupes défavorisés (jeunes issus de minorités racisées, femmes immigrantes, et autres);
- L'évolution du lien social dans les quartiers à forte concentration d'immigrants;
- Les formes de l'islamophobie et les correctifs à apporter;
- Les manifestations d'antisémitisme et les correctifs à apporter.
- Que l'État crée un fonds spécial de subvention, réservé aux universités et aux cégeps des régions, pour des recherches appliquées sur la thématique générale de l'immigration et de l'intégration dans les régions.
Le cas de la langue française
Ce thème a été ajouté au mandat de la CCPARDC à partir du moment où il a été introduit dans les consultations publiques pour être ensuite repris avec insistance jusqu'à la fin.
C'est avec circonspection que les commissaires ont formulé les commentaires qui suivent, sans en faire des recommandations formelles.
- La gestion de la Loi 101
Les commissaires constatent que la crédibilité de l'Office québécois de la langue française a souffert de ce qui a été perçu comme un problème de transparence. Or, étant donné l'importance exceptionnelle que revêt la langue française au Québec, tous y gagneraient à ce que l'Office soit soustrait à toute possibilité d'ingérence politique ou toute apparence d'ingérence. Avec une hausse budgétaire de 20 %, les commissaires s'attendent à des initiatives plus soutenues de la part de l'Office, notamment du côté de la recherche.
- Le français au travail
Les commissaires croient utile de relayer une suggestion qui nous a souvent été faite, soit que le gouvernement étende l'application de la loi 101 aux entreprises de 20 à 49 employés (on parle ici d'environ 400 000 travailleurs). Les commissaires demandent ainsi à l'Office québécois de la langue française d'étudier les paramètres d'une telle proposition pour déterminer où se situe le point optimal de rendement quant au fardeau et aux gains.
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