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Jeudi 4 décembre 2008 2:34 HNE

Section spéciale

Les réponses des partis

Mise à jour le lundi 26 mai 2008 à 18 h 06
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Les réponses des partis

Jean Charest

Le premier ministre du Québec, Jean Charest

« Ce rapport aura des suites », a déclaré le premier ministre du Québec, Jean Charest, le 22 mai, moins de deux heures après que la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles eut publié son rapport.

Dans une déclaration officielle à l'Assemblée nationale, il a annoncé des actions qu'entend prendre son gouvernement à ce sujet:

  • Un renforcement de la francisation avant l'arrivée des immigrants;
  • Une déclaration signée par laquelle les candidats à l'immigration s'engageront à adhérer aux valeurs communes de notre société;
  • Un mécanisme qui aidera les décideurs à traiter les questions d'accommodement dans le respect de la laïcité de nos institutions.

Au Québec, a-t-il dit, les débats sur les enjeux d'immigration et d'identité qui ont cours ailleurs dans le monde sont teintés par la réalité démographique - les Québécois forment 3 % de la population de l'Amérique du Nord - et historique. « Pendant plus de trois siècles, les communautés religieuses, en particulier catholiques, ont soigné les malades et éduqué les enfants », a dit le chef libéral. La société québécoise, a-t-il précisé, est devenue laïque avec la Révolution tranquille.

Le premier ministre Charest s'est néanmoins appuyé sur le poids de l'histoire pour rejeter du revers de la main l'une des propositions de la commission Bouchard-Taylor: celle préconisant que « le crucifix au-dessus du siège du président de l'Assemblée nationale soit retiré et replacé dans l'Hôtel du Parlement à un endroit qui puisse mettre en valeur sa signification patrimoniale ».

Après avoir affirmé que « l'État, qui est au service de tous, doit affirmer la laïcité de [ses] institutions », le premier ministre a en effet déposé à l'Assemblée nationale une motion dans laquelle son gouvernement affirme que le crucifix est aujourd'hui un symbole de l'attachement du Québec à son « patrimoine religieux et historique ». La motion a été adoptée à l'unanimité par les députés présents à l'Assemblée nationale.

Immigrer au Québec, a encore dit Jean Charest, est un « privilège », et l'accueil des immigrants est une « responsabilité » pour tous les Québécois. « Entre les deux, il faut savoir tracer la ligne. Les Québécois ont parfaitement le droit de décider dans quelle société ils veulent vivre ». N'empêche, « aucune société ne peut réussir en se repliant », a-t-il soutenu.

Au sujet de la langue, il s'est borné à affirmer que « les nouveaux arrivants et les communautés culturelles doivent la parler. Voilà un point de rencontre entre les minorités et la majorité. » Le Québec, dit-il, doit continuer d'accueillir des immigrants pour que la nation et l'économie « puissent continuer à grandir ».

Pas question toutefois d'adopter une constitution québécoise, comme l'ont proposé les deux partis d'opposition. Un projet de constitution, ça prend des années, une assemblée constituante, un référendum, et « je suis conscient que les Québécois ne veulent pas ça », a-t-il dit.

La solution autonomiste de l'ADQ

Mario Dumont

Le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont

De son côté, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a soutenu que le rapport comportait de bons éléments, mais a déploré qu'il évacuait l'importance de la culture dominante, celle des Québécois de souche. Selon le chef adéquiste, MM. Taylor et Bouchard sont plutôt timides sur la question.

Dans sa réponse au rapport, le premier ministre Charest ne va pas assez loin pour affirmer l'identité québécoise, dit-il. Il ne donne aucune piste pour affirmer l'identité de la majorité.

Le chef adéquiste est donc revenu avec sa démarche autonomiste qui repose notamment sur l'adoption d'une constitution québécoise, pour réaffirmer les valeurs non négociables des Québécois, comme l'égalité hommes-femmes. « Je tends de nouveau la main au premier ministre pour que se réalise ce projet collectif », a-t-il dit.

Il propose en outre qu'on modifie l'article 27 de la Constitution canadienne adoptée en 1982 pour y ajouter la reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise. Il faut reconnaître, dit-il, que « le Québec constitue une société d'accueil, et aussi la claire prépondérance de la langue française sur le territoire québécois ».

Le rapport Bouchard-Taylor évacue trop rapidement, selon lui, la dimension canadienne de la problématique des accommodements. La Constitution « imposée au Québec sans le consentement de cette assemblée a eu des effets déstructurants beaucoup plus importants que nos dirigeants de l'époque ne pouvaient même l'imaginer », a-t-il déclaré.

Le chef de l'Action démocratique croit que le gouvernement doit assumer un leadership fort dans ce dossier. « Le visage du Québec a changé, les gestionnaires n'ont pas de balise, et il faut une politique gouvernementale qui s'articule sur deux plans, et qui s'inscrive dans une démarche autonomiste, soit le respect du patrimoine culturel du Québec et la séparation de l'église et de l'État », affirme Mario Dumont.

La solution souverainiste du PQ

La chef du PQ, Pauline Marois

La chef du Parti québécois, Pauline Marois

La chef du deuxième parti d'opposition, Pauline Marois, croit pour sa part que la réponse à la crise identitaire de la majorité francophone passe plutôt par la souveraineté et que les engagements du premier ministre ne répondent pas de manière forte à ce malaise identitaire.

Selon la chef du Parti québécois, il n'y pas de compromis à faire pour assurer la pérennité du Québec. « La véritable solution à cette inquiétude reste pour le Québec de détenir tous les pouvoirs, soit ceux d'une majorité nécessaire sur son territoire. Cet acte fondateur, il se nomme la souveraineté du Québec », a-t-elle déclaré à l'Assemblée nationale.

Les gestes que pose Jean Charest sont bons, dit-elle, mais ils sont déjà contenus dans des projets de loi. « La question de l'identité exige plus que des demi-mesures, elle doit aller au-delà des symboles, elle exige de nous tous un engagement permanent, et la proposition de solutions qui s'inscrivent dans nos lois, dans les chartes qui guident nos institutions. » Il faut, ajoute-t-elle, adopter des lois fondatrices, comme une constitution, modifier la Charte québécoise des droits et libertés et renforcer la loi 101.

Mme Marois dit toutefois souscrire « dans l'ensemble » aux recommandations qui vont dans le sens d'une meilleure intégration des immigrants dans la société québécoise et de mesures plus efficaces pour lutter contre le racisme et la discrimination. Plusieurs propositions en ce sens ont été élaborées lors du dernier Conseil national du PQ, a-t-elle dit.

N'empêche, dit la chef péquiste, la commission répond « de façon bien mince à un problème de société qui est beaucoup plus large ». MM. Bouchard et Taylor, affirme-t-elle, n'ont pas répondu aux doléances des citoyens qui ont profité des audiences publiques pour réclamer que la Commission statue de façon solennelle sur ce qui n'est pas négociable aux yeux des Québécois: le respect de la culture de la majorité.

« En arrivant à la conclusion qu'aucun remède n'est nécessaire, puisqu'il n'y a pas de maladie, les inquiétudes exprimées par les nombreux participants à la Commission se trouvent écartées du rapport. En définitive, ce qui nous semble inquiétant, ce n'est pas ce qu'il y a dans le rapport, mais ce qui ne s'y trouve pas », soutient Mme Marois.

La chef péquiste aurait souhaité que la Commission se prononce sur la façon de baliser les réponses aux demandes d'accommodements raisonnables en fonction des valeurs québécoises. « Au lieu de réconcilier les pratiques d'accommodements aux volontés des Québécois, le rapport cherche plutôt à réconcilier les Québécois avec les pratiques d'accommodements. Le principe d'accommodement, c'en est un principalement juridique. Donc, les balises devraient normalement en découler et être d'ordre juridique », soutient-elle.

Mme Marois soutient par ailleurs que la commission Bouchard-Taylor a mal compris la « réhabilitation du nous », qui fait partie du discours de la formation souverainiste depuis qu'elle en a pris la direction. « Ce nous est inclusif et il s'inscrit dans l'interculturalisme qui doit viser l'intégration. C'est un nous québécois, peu importe les origines. Nous avons dit qu'il n'est pas nécessaire d'être né ici pour être passager de notre histoire. Mais il faut d'abord bien vouloir monter dans le train », a-t-elle fait valoir.

Québec solidaire endosse toutes les recommandations

Au parti Québec solidaire, le rapport des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor a été très bien reçu.

Françoise David et Amir Khadir

Pour Québec solidaire, la solution au malaise identitaire québécois réside dans la souveraineté du Québec.

Dans un communiqué émis le jour même de la publication du rapport, le parti déclarait « appuyer sans réserve les 37 recommandations des commissaires » en saluant au passage « leur modernité et leur sagesse ». Pour Québec solidaire, les recommandations formulées par les commissaires sur la laïcité ouverte, l'interculturalisme, l'égalité homme-femme et l'intégration des immigrants revêtent un intérêt particulier.

Quelques jours après le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, les porte-parole du parti, Françoise David et Amir Khadir réitéraient leur appui au rapport et invitaient les partis d'opposition à l'Assemblée nationale à mettre de côté les luttes partisanes pour exiger du gouvernement Charest l'application des recommandations du rapport Bouchard-Taylor.

En ce qui a trait au malaise identitaire des Québécois, tel que le décrivent les commissaires dans leur rapport, Françoise David ne voit que la souveraineté du Québec pour y remédier.