22 janvier 2008
La machine à fabriquer de l'espoir
Vous avez certainement vu les images tout à fait étonnantes de ce coeur de rat mort qui, après un traitement de quasi-science-fiction, s'est remis à battre.
L'expérience, menée par des chercheurs de l'Université du Minnesota, est effectivement fascinante. Après avoir enlevé toutes les cellules cardiaques du précieux muscle par un procédé dit de « décellularisation », ils n'ont conservé que la matrice de l'organe, sa charpente en quelque sorte. Puis, ils y ont ensemencé des cellules cardiaques provenant d'un rat nouveau-né. Ces cellules ont poussé en colonisant la charpente, se sont bien mises en place et le nouveau coeur s'est mis à battre au bout de quelques jours.
Les perspectives
L'organogenèse est le phénomène biologique naturel de la formation et du développement des organes. L'organogenèse expérimentale est une discipline en pleine effervescence qui s'intéresse à la fabrication, en laboratoire, d'organes ou de tissus de remplacement pour les corps usés ou brisés. L'expérience sur le coeur de rat est une percée dans ce domaine.
On entrevoit en effet la possibilité de fabriquer à demande des coeurs « comme neufs » qui pourraient faire de très intéressantes pièces de rechange pour l'humain. Imaginez. On prend le coeur d'un donneur décédé, on le « décellularise », on y replace des cellules cardiaques fraîches et fringantes et hop! on a un coeur prêt à battre de nouveau.
On peut même envisager utiliser, comme matériel de base, non pas des coeurs humains, mais des coeurs de porc, très ressemblants anatomiquement. On peut aussi imaginer qu'on les ensemencerait avec des cellules souches prélevées dans la peau de la personne qui va recevoir ce nouveau coeur, pour éviter le rejet immunitaire du nouvel organe.
C'est à rêver. Le merveilleux fait toujours rêver. Et des merveilles, la science et la médecine nous en ont donné et nous en donneront encore beaucoup.
La prudence
Mais sans vouloir jouer les rabat-joie, attention aux faux ou aux trop lointains espoirs!
Le quatrième paragraphe du communiqué de l'Université du Minnesota expliquait que près de 5 millions d'Américains souffrent d'insuffisance cardiaque, que 550 000 nouveaux cas de cette maladie sont diagnostiqués chaque année ou encore que 50 000 personnes meurent chaque année aux États-Unis en attente d'une greffe cardiaque. Sans le dire ouvertement, ce paragraphe, souvent repris par les journalistes, laissait entendre que les maux de tous ces patients pourraient être soulagés dans un avenir plus ou moins proche.
Pourtant, il y a loin du laboratoire au chevet du patient. Et même très loin dans ce cas-ci. Pour l'instant, le petit coeur n'a rebattu qu'en éprouvette. Et il ne l'a fait que faiblement. Et surtout, pas dans un animal entier. Par ailleurs, ce qui se fait à petite échelle pourrait-il se faire à plus grande échelle, avec un coeur nettement plus gros? Imaginons que ces étapes soient franchies avec succès (ce qui prendra ou prendrait des années), d'où proviendront les coeurs à remettre en état? De l'humain? On manque déjà de donneurs. Du porc, tel que déjà suggéré? Il y a des obstacles biologiques encore assez corsés avant d'utiliser massivement des organes animaux chez l'humain.
Sans compter les coûts d'une telle médecine. Ni le fait que cette approche du coeur de rechange nécessiterait une transplantation cardiaque, ce qui n'est pas une mince affaire.
Bref, les millions de personnes qui souffrent d'insuffisance cardiaque ou qui attendent une greffe ont sans doute été fascinées plus que toute autre par cette nouvelle. Elles se sont sans doute mises à espérer. Peut-être même à croire au miracle.
Elles devraient cependant — et nous tous avec elles — garder la tête froide et ne pas succomber trop rapidement aux charmes de cette machine à fabriquer de l'espoir qu'est aussi la recherche biomédicale de pointe.
Après ses études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu a commencé à faire du journalisme scientifique et médical au milieu des années 70. Au magazine Québec Science notamment, puis, pendant deux ans, à la télévision de Radio-Canada, à l'émission Science-Réalité.
Depuis 1982, il a animé à la radio de Radio-Canada l'émission Aujourd'hui la science, devenu Les années lumière. Il collabore également au magazine L'actualité.
Les champs d'intérêt principaux de Yanick Villedieu sont la médecine et la biologie - deux des domaines les plus fascinants et les plus actifs de la science contemporaine -, notamment ces grandes questions de l'heure que sont le cerveau, le cancer, le sida, la génétique fondamentale et appliquée...
Il a publié quatre livres: Demain la santé (Québec-Science Éditeur, 1976), Le Québec sur le pouce (Éditeur officiel du Québec, 1978 et 1984), La Médecine en observation (Les Éditions du Boréal, 1991) et Un jour la santé (Les Éditions du Boréal, 2002).
23 janvier 2008
Je suis d'accord avec le fait que certains scientifiques amplifient l'impact de leurs recherches et tentent de séduire le public. Vous en faites bien référence dans votre article. Cependant, encore faut-il présenter un portrait juste de la recherche biomédicale. Je complète présentement mon doctorat en biochimie et j'ai été décontenancé par vos propos de fermeture : «cette machine à fabriquer de l'espoir qu'est aussi la recherche biomédicale de pointe». Il s'agit là d'un verdict sans équivoque, sombre et dénigrant les efforts que nous, scientifiques, déployons pour mieux caractériser les différents processus biologiques dans le but d'élaborer des traitements. Rien n'est parfait et c'est avec modestie que je reconnais que bien des études n'ont aucun impact à court terme. La recherche se veut une accumulation de connaissances et tel un casse-tête, c'est en trouvant et en plaçant les pièces aux bons endroits que l'on fini par compléter ce qui semblait au début un amas désordonné d'informations. Gardons à l'esprit que certaines problématiques ne seront peut-être jamais résolues avec nos connaissances actuelles. Il est tout de même important que chaque découverte soit publiée afin de faire avancer la science, en prenant garde de ne pas trop s'emballer comme le font certains journalistes ou scientifiques. La science avance à petits pas, mais la soif de l'immédiat et de la perfection met une pression constante sur les chercheurs. Je m'insurge lorsque des gens se plaignent que les traitements ne sont pas parfaits et en concluent alors que nous sommes des «générateurs d'espoir». Cela découle-t-il de l'incompréhension des fonctionnements de la recherche fondamentale? Prenez plutôt conscience de tout ce qui est possible grâce aux connaissances actuelles qui ont mené à l'élaboration de traitements pour les gens souffrant du diabète, VIH, sclérose en plaque,... Il est facile de soulever les points négatifs au détriment du positif et je pense que vous, journalistes, avez un exercice de conscience à faire à ce sujet.
Samuel Gatien, Montréal
23 janvier 2008
Le discours que vous tenez dans l'article ci-haut ne rend pas justice aux chercheurs du domaine biomédical, dont je fais partie (je suis étudiant au doctorat en biochimie à l'Université de Montréal).
Tout d'abord, l'utilisation de termes associés au monde du cinéma comme « quasi-science-fiction » et la phrase « C'est à rêver. Le merveilleux fait toujours rêver.» diminue de beaucoup la valeur de la recherche des chercheurs qui visent à découvrir de nouveaux traitements ou médicaments dans le but de guérir les gens.
Bien sûr, dans le présent cas, les applications concrètes ne seront pas pour demain. Et, ce n'est pas ce qui est dit, ni dans l'article, ni dans le communiqué de presse de l'Université du Minnesota. Les statistiques sur le nombre de personnes atteintes par une maladie cardio-vasculaire y sont présentées pour mettre l'étude en contexte, pour faire voir son utilité à long terme. Tout ceci pour faire comprendre à la population pourquoi de telles recherches sont effectuées. Bien sûr, certains chercheurs exagèrent parfois le potentiel de leurs découvertes, mais je ne crois pas que ce soit le cas ici. En fait, ce sont souvent les médias qui transforment une nouvelle scientifique en faux espoir pour la population.
La recherche biomédicale de pointe n'est pas une machine à fabriquer de l'espoir. C'est une machine à générer des connaissances sur lesquelles on peut bâtir afin de développer des applications utiles. Heureusement que certains chercheurs ont l'espoir de trouver des solutions aux divers problèmes de santé que nous rencontrons tous.
Je crois sincèrement que les auteurs de l'article travailleront d'arrache-pied pour réussir à générer un coeur fonctionnel pour l'humain, en laboratoire. Votre article, en voulant être réaliste, verse vers le pessimisme, car il laisse croire aux lecteurs que les scientifiques leur jettent de la poudre aux yeux. Même s'ils ne réussissent que dans 50 ans, ce sera un grand pas pour la médecine.
Mathieu Lévesque, Montréal
23 janvier 2008
M. Villedieu, vous avez le tour de nous faire passer, en quelques minutes, d'un grand espoir pour demain à une aussi grande méfiance. En effet les revues scientifiques, relayées par des journalistes, nous abreuvent depuis quelques années de découvertes toutes plus excitantes les unes que les autres. Mais, à l'autre bout de la lorgnette, que découvre-t-on ? Des traitements quasi barbares d'une efficacité très douteuse dans l'ensemble. Et surtout un être humain découpé en pièces détachées : un coeur ici, un rein là, bientôt un cerveau à la carte. Et pendant ces années de promesses techniques, une diminution partout de la simple compassion humaine, de la présence chaleureuse à la personne elle-même plutôt qu'à son anatomie.
J'ai reçu hier d'un ami par courriel une information des plus excitantes : il s'agit d'une petite salamandre qui peut régénérer plusieurs de ses organes s'ils sont endommagés ou carrément disparus. Ce petit animal s'appelle l'axolotl et il est originaire du Mexique. Eh bien l'article en question laissait espérer pour l'humain de telles possibilités de régénération de membres amputés. Si l'on se laissait aller à l'espoir fou, on pourrait se mettre à envisager le miracle pour nos enfants ou petits-enfants. Rares, hélas trop rares sont les journalistes qui font comme M. Villedieu et qui mettent le lecteur en garde contre un trop grand enthousiasme au sujet des applications prochaines de la recherche scientifique.
Mais là où mon inquiétude est encore plus grande, c'est moins de l'excès d'espoir que du manque de respect pour l'être humain, dès que celui-ci devient faible et vulnérable. Pourquoi prolonger des vies ou régénérer des organes, si c'est pour en faire des numéros interchangeables dont on s'inquiète très peu de ce qui se passe dans leur coeur ou dans leur âme ? Ce dernier terme a d'ailleurs de moins en moins bonne presse : comme si nous n'étions que matière !
Jean-Pierre Audet, Montréal
22 janvier 2008
Votre commentaire est à point nommé. Il y a longtemps qu'il était attendu de la part d'un journaliste chevronné. Les chercheurs sont souvent silencieux sur la question. Il y a une grande distance entre une telle découverte de labo et la guérison de certaines pathologies cardiaques. Or, trop souvent, les médias extrapolent à toute vitesse laissant croire parfois, mais sans le dire directement, que le traitement clinique est à la portée de la main, Autour de 1975, on annonçait des investissements énormes aux USA pour vaincre le cancer pour la fin du siècle. Or, le traitement clinique a évolué pour certains cancers, pour d'autre à peine. La compréhension des causes et des mécanismes de cette pathologie hélas trop souvent mortelle reste encore un grand mystère. Comme vous le dites, il ne s'agit de jouer au rabat-joie, mais d'être réaliste par respect pour les personnes qui vivent cette problématique grave. Je pourrais souligner les commentaires très optimistes écrits sur le DCA pour tuer les cellules cancéreuses. Une molécule fort simple. On dit que ça marche avec des cellules dans une éprouvette, mais ce n'est pas le corps humain! Tout le monde souhaite une solution simple à une pathologie grave et sans doute complexe. On peut toujours rêver, c'est aussi la vie!
André Gamache, Québec
22 janvier 2008
Je travaille dans le domaine des soins de santé depuis pres de 14 ans. Depuis tres longtemps, les seules annonces que l'on entend venant de la médecine ne font référence qu'a une seule chose: L'ESPOIR. Mais combien d'espoir brisée encore. La médecine en 2008 est encore une science de l'impuissance. Rien ne se guérit, beaucoup de problemes se traitent, mais trop peu se guérssent. La médecine est élevée au rang de science rédemptrice mais il n'en est rien. Parlez en aux gens qui souffrent de sclérose en plaques, de problemes d'arthite ou autres rhumatologiques, de problemes cardiaques, d'insuffisance rénale, ou toutes autres maladies chroniques. Que de traitements barbares! Les patients atteints de cancers sont traités avec des médicaments toxiques incompatibles avec la vie, quand ils ne sont tout simplement pas irradiés ou charcutés sur la table d'opération. Encore en 2008 on doit vous exposer des radiations pour poser un diagnostique, tout comme il a 50 ans. On ne parlera pas ici de tous ces médicaments qui rendent les gens malades ou qui les tuent tout bonnement. Non la médecne ne mérite pas toute cette admiration qu'on lui donne. Mais ou se situe donc la prévention dans la liste de nos priorités.
Patrick Doucet, imouski
22 janvier 2008
l'homme a toujour assaiyer de controlé dieu
imagine un homme qui vie 200 ans ,la peur de mourir ,vivre ses soufrirs , vieillir ses soufrirs
de quoi on parle vivre l'instant présent.
Serge Dufour, Montréal
















