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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL


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Carnet François Brousseau

3 juillet 2008

Ingrid libre, Uribe jubile


Difficile de bouder notre plaisir et de réprimer notre émotion devant la libération inopinée de la plus célèbre otage du monde, Ingrid Betancourt, après plus de six ans en captivité – 2321 jours pour être précis – aux mains de l'un des derniers mouvements de guérilla en Amérique latine, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), fondées au début des années 1960. 
 
Difficile, aussi, de n'être pas étonné de voir Mme Betancourt – que l'on avait dit presque morte – le visage certes un peu vieilli, mais bon pied, bon oeil, et pour tout dire resplendissante. À mille lieues de l'ectoplasme agonisant qu'on nous avait décrit, et qu'on avait cru voir dans cette sombre séquence vidéo de l'automne 2007, en madone tragique, enchaînée et le regard éteint, au fond de sa prison tropicale. Vidéo dont la diffusion avait coïncidé avec la publication d'une lettre à ses enfants, aux accents pathétiques. 
 
Désespérée, Ingrid? Ce 2 juillet 2008, à peine libérée, l'oeil aussi vif que dans ses vidéos de 2002, elle a raconté avec force détails les péripéties rocambolesques de la journée qu'elle venait de vivre... L'arrivée de l'hélicoptère de l'armée colombienne camouflé aux couleurs d'une ONG, avec de faux guérilleros. Puis la manoeuvre, sans coup férir, de capture des vrais guérilleros pris au piège, et de libération d'Ingrid Betancourt et de 14 autres otages. 
 
Désarroi et décadence des FARC 
 
Depuis des mois, voire des années, la guérilla avait été soigneusement infiltrée par les forces armées de Colombie. Une guérilla totalement abusée par la manoeuvre et qui, une fois de plus aujourd'hui, trahit son désarroi et sa décadence après la disparition, coup sur coup en mars dernier, de trois de ses chefs historiques, dont le principal, Manuel Marulanda, fondateur du mouvement. 
 
L'épisode est une aubaine extraordinaire pour le président de droite Alvaro Uribe, très populaire dans son pays, mais qui avait des problèmes « légaux » depuis quelque temps. La Cour suprême du pays conteste en effet la légitimité de sa réélection de 2006. Elle allègue notamment que le changement constitutionnel qui avait à l'époque permis à Uribe de briguer un second mandat était plus ou moins frauduleux. 
 
Ce à quoi le maître de Bogota a répliqué, ces derniers jours, en brandissant l'arme du référendum plébiscitaire... comme tout bon « caudillo » sud-américain! Mais un caudillo adulé et efficace, qui n'a surtout pas peur des urnes, et qui verra ce coup fumant contre les FARC relancer vers la stratosphère – si besoin était – la courbe de sa popularité. Il rêve déjà d'un troisième mandat. Pourquoi se gêner? 
 
Négocier ET attaquer 
 
L'épisode est d'autant plus surprenant que les rumeurs de négociations sur un échange de prisonniers se faisaient de plus en plus insistantes, en ce mois de juin, entre le gouvernement et les FARC. Aujourd'hui, on voit bien que ce faisant, Uribe maintenait sciemment deux fers au feu: la négociation ET la solution militaire unilatérale. Mais une solution appliquée, cette fois, de manière beaucoup plus habile que lors des tentatives précédentes de libérations d'otages manu militari, qui avaient eu des conséquences meurtrières. 
 
Uribe a appris de ses erreurs, et la spectaculaire opération du 2 juillet profite au maximum de l'affaiblissement historique – probablement irréversible – de ses ennemis de la guérilla. 
 
Ce dénouement a aussi pour effet d'envoyer « en touche » les tentatives diplomatiques de pays comme le Venezuela d'Hugo Chavez et la France de Nicolas Sarkozy, qui rêvaient de jouer les sauveurs dans cette histoire, mais qui doivent se contenter, aujourd'hui, de regarder passer le train en simples spectateurs. 
 
Tout semble maintenant en place pour un règlement global de la guerre colombienne entre gouvernement et guérilla. Les FARC doivent de plus en plus penser à l'inconcevable: négocier leur reddition et la libération des centaines, voire des milliers d'innocents toujours retenus au fond de la forêt, après la perte du « joyau » qu'était pour eux l'otage Betancourt. 
 
À Paris, sous l'oeil du président Sarkozy, la fille d'Ingrid, Mélanie, a souligné que sa joie – pourtant immense et on la comprend – ne sera pas complète tant que tous les autres otages ne pourront pas respirer, eux aussi, l'air du large. Mais à ce moment précis, Nicolas n'écoutait pas la jeune femme qui s'exprimait avec éloquence... Obsédé de people et de « coups » médiatiques – et celui-ci n'est même pas le sien –, il avait déjà l'air ailleurs. 
 
Les autres victimes toujours aux mains des FARC peuvent craindre, aujourd'hui, que la sollicitude de l'État français pour des otages innocents à l'autre bout du monde chutera d'un coup sec une fois que Nicolas aura eu « sa » photo avec la belle Ingrid. Ce serait dommage, mais c'est tout à fait possible. 
 
NOTE: Ce carnet est mon dernier avant la rentrée d'automne. Je pars pour de longues vacances d'été. De retour le 25 août!

Vous avez des questions, des remarques ou voulez me suggérer des thèmes que je n'ai pas abordés?

Écrivez-moi à : carnets@radio-canada.ca

François Brousseau est le chroniqueur-analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales.

François Brousseau est souvent allé sur le terrain à l'étranger. Il a notamment signé, surtout dans Le Devoir, des reportages d'Haïti, d'Italie, de Pologne, de l'ex-Tchécoslovaquie et de l'ex-Yougoslavie, d'Israël, de Taïwan et de Cuba. Au fil des ans, il a pu interviewer des personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, Jean-Bertrand Aristide, Kim Dae-Jung, Shimon Peres, Ariel Sharon, José Ramos-Horta, Oscar Arias et Giulio Andreotti.

Entré à l'emploi de la première chaîne radio de Radio-Canada en 2002, il avait déjà une longue expérience en journalisme écrit. Il a notamment fait sa marque comme reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour le quotidien Le Devoir de 1991 à 1997, journal dans lequel il a également tenu une chronique hebdomadaire de 2005 à 2007.

En 1994, il a reçu la Bourse Michener pour journalistes. Cette récompense lui a permis de mener un séjour prolongé de recherche en Italie et de ramener plusieurs reportages de ce pays.

Après un mandat de trois ans (1997-2000) comme directeur des communications à la Délégation générale du Québec à New York, il est revenu à Montréal où il a retrouvé sa passion: le journalisme. D'abord à l'écrit en tant que reporter au magazine L'actualité en 2001-2002. Il a été récipiendaire, à ce titre, d'un National Magazine Award pour l'article «Sommes-nous seuls dans l'Univers?», paru en août 2001. Mais aussi et surtout à la radio, qui est devenue, à partir de 2002, son nouveau médium de prédilection.

En 2003 et en 2004, il a été responsable de la revue de presse internationale quotidienne à l'émission Maisonneuve en direct. De 2004 à l'automne 2007, il était responsable des affectations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs à l'information internationale pour les nouvelles à la radio.

Passionné des cultures étrangères, François Brousseau parle six langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais et polonais.

14 juillet 2008

Certe Madame Bétancourt est libre maintenant 
Mais qu'adviendra-t-il de Monsieur Uribé, puique tous ses militaires, les paramilitaires, les FARC ont tous un dénominateur commun 
la DROGUE, et avec qui ils font ce marché: 
avec leur vieil ami les Américains.Le president Uribé lui-même avait sûrement des pistons  
américains pour se faire réélir un 2ieme fois. 
Si Madame Bétancour est allée en France pour se reposer, ce n'est pas pour rien,c'est pour ne pas se faire assaciner.Le président Uribé peut bien jubilé de joie,mais il est le pantin des Etats-Unis, on verra ce qui va s'en suivre

kassabian ani, montreal

6 juillet 2008

Même si messieurs Chavez et Sarkozy sont un peu comme vous le sous entendez si bien : des vaches qui doivent se contenter, aujourd'hui, de regarder passer le train... J'ignore ce qu'en pensent les habitants du Venezuela, mais ce qui est sûr c'est qu'en France, monsieur Sarkozy semble avoir tiré du prestige personnel des opérations menées par la Colombie pour sauver madame Betancourt. Officieusement, le quai d'Orsay (le ministère des Affaires Étrangères) continuait de suivre le dossier de près. Vrai ou faux ? Allez donc savoir.... Enfin, sans vouloir faire du mauvais esprit, les prisonniers du FARC ne semblent pas être plus mal traités que ceux de Guantanamo. Il est vrai que les premiers sont réputés innocents tandis que les seconds sont réputés coupables. 
Ce serait bon d'avoir sur le sujet la rétroaction du jeune Omar Khadr. 
À quand sa libération ? 
 
Bonnes vacances monsieur Brousseau. 

Serge Drouginsky, Montréal

6 juillet 2008

Un excellent reportage-enquête réalisé par la télé française intitulé "Les secrets d'un enlèvement" que vous pouvez visionner sur AOL Video, en 4 parties, explique très bien les circonstances de l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. (C'est dommage que Radio Canada ne permette pas que l'on puisse donner l'adresse directe.)  
 
On peut alors juger de sa témérité ou du piège dans lequel on l'a délibérément poussée. 
 
A-t-on voulu réellement libérer 15 otages  
ou a-t-on voulu libérer Alvaro Uribe pour qui tout allait de mal en pis depuis que la Cour suprême ait ordonné l'arrestation de 14 députés et sénateurs proches d'Uribe. 
Ses liens avec les paramilitaires et son entourage corrompu qui éclate au grand jour. Ses magouilles pour contourner la constitution et obtenir et se faire réélire. Son blason se ternissait à vue d'oeil, seul un coup spectaculaire pouvait le sauver. 
 
Les dessous de la Colombie n'ont pas fini d'éclater au grand jour. 
 
La fin de la lutte armée est souhaitable, les FARC en sont conscients, je suis persuadé. Il faut cependant, qu'on leur ouvre la porte politique.  
Partout en Amérique latine, les urnes ont remplacé les armes. 
 
Il est temps que la Colombie suive. Mais avec 1 milliard par an, en «aide» militaire US, la paix ne sera probablement pas demain. 
 
Pour ceux qui veulent juger témérité ou piège dans l'enlèvement d'Ingrid B., il faut chercher "Les secrets d'un enlèvement" AOL Video. 
Un reportage important pour comprendre un peu la Colombie et cet enlèvement.

Serge Charbonneau, Québec

5 juillet 2008

Certes, tout le monde se rejouit de la libération d'Ingrid en tant qu'humain. 
Mais de la description tout à fait olé de la façon dont la libération se serait effectuée, c'est vraiment du n'importe quoi. 
A croire que les farcs sont des guérilleros d'operette! Désolé, mais ce sont des combattants aguerris, préventifs,constament sur leur garde,très bien équipés en logistique et ce depuis 40 ans.A preuve,depuis toutes ces nombreuses années,ni le gouvernement ,ni les Américains ,ni les milliards de dollard investis n'en sont venus à bout.Faut vraiment être naif pour croire que les farcs se soient fait duper de cette facon là, surtout vu le nombre de personnes impliquées.....et le ministre de la défense nous disant en plus qu'il n'y avait aucune arme dans l'hélico.....franchement! 
La colombie ne fonctionne qu'à l'argent de la drogue autant du côté gouvernemental que du coté des farcs, tout est corrompu à l'os. 
Quand à Sarko, sa récupération politique de toute l'affaire (avec son show) est désolante.Certes, il faut louanger ses efforts pour la libération, mais ce coup-ci ,il n'y est pour rien.Royal à eu raison de le mentionner(même si elle aussi est une hypocryte de 1er ordre).Je vais manquer de place pour parler de Chavez......un autre beau moineau! 
Sachez une chose, dans le cas d'une prise d'otages et une libération, tout chef de gouvernement qui se respecte, se fout éperdument du sort des otages, il n'y a que les avantages politiques qui comptent! 
Allez Ingrid, vous êtes libre,sortez de ce merdier, profitez de la vie et de vos enfants,vous avez des années à récupérer!

Fred Lutz, Abitibi

4 juillet 2008

Puis-je savoir ce que Mme Betancourt à réaliser concrètement avant d'être enlevée ? A-t-elle réalisé des réformes majeures ou améliorée la vie quotidienne des Colombiens ?  
 
Elle est devenue une icône médiatique à cause de son imprudence : on lui avait interdit, pour raison de sécurité, de se rendre dans ladite zone; elle a passé outre les recommandations de la police et de l'armée. Même son chauffeur a exigé qu'elle signe un document le libérant de toutes poursuites avant de continuer. Est-ce la façon de faire d'une personne responsable qui désire devenir président ? 
 
Est-ce qu'un Colombien ne venant pas d'une famille aisée, n'ayant pas double nationalité et pas d'accointance parmi le pouvoir politique a eu droit à la même couverture médiatique ? Vous pouvez citer le nom des autres otages colombiens ?  
 
Il existe une hiérachie sociale même parmi les victimes ! 
 
Un journal suisse mentionne ce matin qu'il s'agit d'un coup monté médiatique car une rançon de plusieurs millions auraient été versé en échange de sa libération. Cette opération ne porte pas la signature de l'armée colombienne : elle est reconnue pour tirer d'abord et poser les questions plus tard. 
 
De deux choses l'une soit les FARC administrent des clubs de santé soit nous avons été intoxiqué de propagande à propos de l'état de santé de Mme Betancourt. Comme un autre intervenant, j'ai été surpris par la vitalité et la bonne santé apparente de Mme Betancourt au micro sur le tarmac de l'aéroport. Il s'agit, pourtant, d'une opération surprise n'est-ce pas ? 
 
Les politiques devront trouver un autre sujet pour attirer les médias. 
 
Pendant ce temps, environ 5 000 personnes meurent par jour de faim ou par manque de médicaments dans le monde.

Dennis Neault, Gatineau

4 juillet 2008

Mme Bétanourt a été enlevée et détenue comme otage pourquoi au juste?Pour ces visions politiques vertes qui dérangait des intérêts monétaires de compagnies peu scrupuleuse,voire assassine?Je suis très content pour elle qu'elle soit libérée mais,il faut absolument expliqué au gens pourquoi.On ne le sait pas.Pensons aussi aux nombreux autres otages restant.Merci!

Yves Filiatrault, Ste-Véronique

4 juillet 2008

Le marché de la drogue est le 3e en importance au monde. Si on voit l'intérêt des État-Unis pour la Colombie (cocaïne) et pour l'Afghanistan (qui est devenue le plus grand producteur modial d'héroïne APRÈS son invasion -chercher l'erreur ?-) je ne crois pas du tout que le narco-traffic va s'arrêter d'une façon ou d'une autre. Trop d'argent à faire. Et quand les moins bien natis sont occupés à oublier leurs malheurs dans la consommation ils n'ont pas tendance à se prendre en main et sont plus facile à exploiter. Ce n'est pas la justice que l'on voit à la télé lorsqu'on voit des trafiquants ou des consommateurs se faire arrêter, c'est du contrôle pour pas que le problème déborde comme ailleurs (exemple, le Mexique).  
 
De plus cette histoire abracadabrante de libération miracle est une fameuse fumisterie. Ou alors la guerilla n'en est pas une et travaille simplement à garder sa part du gateau dans le narco-traffic avec la semi-bénédiction de l'ingérence extérieur et de la Colombie même. 
 
Sur ce je vous souhaite bonnes vacances M. Brousseau.

Hugo Manningham, Montréal

3 juillet 2008

En commençant par la fin, je souhaite de très bonnes vacances à M. Brousseau. 
 
Quel dernier carnet que celui-ci! 
 
Quelle magnifique nouvelle! Comme si nous vivions un rêve. Tout l'entourage de Mme Bétancourt a dû se pincer bien fort pour être sûr de ne pas rêver! 
 
Un pas de géant vers la paix. 
Non seulement, Mme Bétancourt est libre, mais 14 autres otages le sont aussi. La guérilla perd ainsi beaucoup de munitions pour le type de lutte qu'elle entretenait depuis des décennies. Toute l'Amérique latine s'est convertie à la démocratie. Partout les urnes ont remplacé les armes. La lutte armée pour corriger les injustices et les inégalités, s'est soldée par un échec.  
Les problèmes de la Colombie sont toujours bien présents, mais avec la réapparition en pleine forme de cette leader charismatique, qu'est Ingrid Bétancourt, la Colombie a tout pour se réjouir et entrevoir des jours meilleurs. 
 
Si l'ingérence extérieure ne vient trop brouiller les cartes (près de 5 milliards d'«aide» militaire US en 5 ans), la Colombie devrait pouvoir régler peu à peu les énormes problèmes de corruption, de terrorisme paramilitaire et de narcotrafic. 
 
La libération d'Ingrid Bétancourt est non seulement une victoire pour Alvaró Uribe, mais pour toute la région. Cette libération élimine un des plus importants prétextes de militarisation. Tous les pays latino-américains sont pacifiques. Tous mettent toute leur énergie à vaincre la pauvreté chronique et le sous-développement.  
 
Après l'euphorie de la libération, les choses risquent d'évoluer avec une dynamique difficile à prévoir et qui risque de nous surprendre. 
 
Vive la liberté, vive la paix!

Serge Charbonneau, Québec

3 juillet 2008

Libérée hier après-midi?Qu'on m'explique,je ne comprends pas comment elle pouvait hier être en si grande forme et tenir le micro pendant des heures.Une opération bien montée,une réapparition orchestrée?

Jean Corbeil, Québec

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2008