24 novembre 2008
D'une révolution à l'autre
En décembre, la Chine va célébrer le 30e anniversaire de sa grande modernisation, le virage capitaliste amorcé par Deng Xiaoping. Il est grandement responsable de ce qu'est le pays aujourd'hui: une superpuissance économique.
Là où la révolte a commencé
Ce qui est moins connu, c'est que cette révolution a commencé dans le petit village de Xiaogang, situé à 500 kilomètres au nord-ouest de Shanghai.
En 1978, la ferme collective du village produisait tellement peu que ses habitants en étaient réduits à mendier. Six personnes sont mortes de faim au cours de l'hiver. N'ayant rien à perdre, 18 hommes, des chefs de famille, ont décidé de se diviser la terre collective en lots privés et de vendre les surplus de maïs qu'ils produiraient.
En un an, ils avaient triplé les récoltes. Devant leur succès, Deng Xiaoping décrétait que ce qui était bon pour le village était bon pour toute la Chine.
Je suis retourné dans le village rencontrer les survivants de cette révolte paysanne qui a changé le visage de la Chine et du socialisme. L'un d'eux, Guan You Jiang, 65 ans, est maintenant à la retraite. À l'époque, dit-il, lui et ses voisins savaient qu'ils s'exposaient à la prison, voire à la mort, pour leur geste. Aussi, avaient-ils signé un document s'engageant à s'occuper mutuellement de leurs familles si jamais le pire leur arrivait.
Le village, aujourd'hui, est méconnaissable. C'est l'un des plus prospères du comté. Il y a même un musée à la mémoire de la révolution paysanne qui a eu lieu ici. Les touristes chinois viennent de loin pour le visiter et se faire prendre en photo en compagnie de Guan You Jiang.
Vendre sa terre
Il y a aujourd'hui une autre révolution en marche dans les campagnes chinoises. Le gouvernement vient d'annoncer que les agriculteurs pourront dorénavant vendre leur terre. C'est le dernier clou dans le cercueil du collectivisme.
Le gouvernement chinois souhaite que davantage d'agriculteurs vendent leurs terres et déménagent en ville pour y occuper des emplois dans les usines. Ce qui permettra à ceux qui restent dans les villages d'agrandir leurs propriétés et de mieux vivre.
Officiellement, tout cela est encore considéré comme du socialisme, mais avec des caractéristiques chinoises. Ça ne gêne en rien Guan You Jiang. Il ne s'est jamais préoccupé des slogans ou des idéologies.
D'ailleurs, il n'a pas attendu la nouvelle révolution pour vendre sa terre à un voisin, qui rêve d'avoir un grand monopole sur la production de raisins de la région. Guan You Jiang a vendu sa terre il y a trois ans, au moment où cela était toujours illégal.
Avant d'entrer en fonction comme correspondant de la télévision de Radio-Canada et de la CBC à Pékin, Michel Cormier a été correspondant à Paris et à Moscou, chef de bureau de la colline Parlementaire à Québec et correspondant du Point à Ottawa. Auparavant, il a été correspondant national de l'émission Sunday Morning, à la radio de la CBC et journaliste à l'émission Présent-dimanche à Montréal. Natif de Cocagne, au Nouveau-Brunswick, il a commencé sa carrière au réseau atlantique de Radio-Canada à Moncton. Il détient un baccalauréat en journalisme de l'Université Carleton et une maîtrise en science politique de l'Université Laval.
Michel Cormier a été le premier journaliste canadien à pénétrer en Afghanistan à la veille de l'offensive américaine. Il a interviewé Hamid Karzaï et Vladimir Poutine, a couvert la tragédie du Koursk et le conflit en Tchétchénie; il a été l'un des rares journalistes à assister au renversement populaire du président géorgien Édouard Chevarnadze, dont la couverture lui a valu une mention pour le prix Gemini. De Paris, il a couvert la crise des banlieues, les attentats de Londres et la mort du pape Jean-Paul II; il s'est aussi rendu maintes fois en Israël et dans les territoires occupés.
Il a obtenu les prix Anix et Judith-Jasmin et il est l'auteur de trois livres: Un dernier train pour Hartland, biographie de l'ancien premier ministre Richard Hatfield, écrite avec Achille Michaud; La révolution acadienne, biographie de l'ancien premier ministre Louis Robichaud, pour laquelle il a reçu le prix France-Acadie. À l'automne 2007, il a publié chez Leméac La Russie des illusions, une série d'essais dur la Russie, que Le Devoir a salué comme un livre « fascinant [...] qui s'inscrit dans la tradition des ouvrages signés par des grands reporters qui allient l'acuité du regard sur l'autre et la compassion à une écriture solide ».
25 novembre 2008
L'histoire de Guan You Jiang est captivante. Elle démontre le courage de certains Chinois qui risquent leur vie en s'opposant au régime en place. Cet homme fait preuve d'une témérité exemplaire, puisque la Chine est encore gouvernée par une tyrannie et que la liberté d'expression et les droits humains sont généralement réprimés.
De plus, le virage capitaliste de ce pays se fait largement sur le dos de citoyens que les autorités ne se gênent pas de déplacer par la force quand de grands ouvrages, comme des barrages, envahissent leurs terres. Ils se retrouvent démunis et sans emplois, parqués dans des tours d'habitation, comme du bétail. Cette tactique inhumaine me fait inévitablement penser au triste sort réservé à nos propres Amérindiens.
Je trouve le commentaire de monsieur Julien Roberge très pertinent et j'adhère à la totalité de son analyse. Car il est vrai que le capitalisme qui envahit la Chine dévastera ce pays et créera une pollution inimaginable, à la suite de nos sociétés occidentales. Comme elles, la Chine continue la tradition du pillage de l'Afrique, le berceau mal aimé de l'origine de notre espèce.
C'est à la fois fascinant et désolant. Mais peut-on leur reprocher de vouloir imiter nos pires exactions ?
Merci pour cette visite inusitée dans le ventre du Dragon. Très intéressant..
Marc-André Villeneuve, Saint-Elzéar-de-Témiscouata QC
24 novembre 2008
Depuis quelques semaines, plusieurs acteurs économiques occidentaux (industriels, constructeurs automobiles, banquiers, financiers, etc..) réclament des fonds publics, une plus grande intervention de l'État dans l'économie capitalisme. Certains parlent de mesures sociales-démocrates et même socialisme (rôle déterminant de l'État dans l'économie) à la rigueur.
Pourtant, l'Occident n'a cessé de répéter à satiété à la Chine que le capitalisme est le meilleur système économique au monde; que le libéralisme économiste est la meilleurs pensée sur terre. On exige que l'État chinois intervienne le moins possible dans l'économie; que l'État chinois s'applique à mettre en place l'économie de marché en calquant notre modèle.
Que faisons-nous ? Exactement le contraire du discours tenu face à la Chine : en Occident on renforce le rôle de l'État dans l'économie plutôt que laisser jouer la loi du marché.
Situation ironique...difficile à expliquer
Preuve que les mots capitalisme et communiste ne veulent plus rien dire en a réalité : seul le pragmatisme compte.
Deng Xiaoping l'avait compris : peu importe la couleur du chat à condition qu'il attrape les souris.
Dennis Neault, Gatineau
24 novembre 2008
Il est très intéressant d'observer en temps réel la conversion économique d'une grande puissance vers un système qui semble créer plus de richesses. Par contre, comme d'habitude, on y regarde que les bons côtés. La chine se lance dans la propriété privé et bien souvent, des terres arables seront rendues infertiles sous la demande à court terme (quelques générations à l'échelle humaine) de propriétés à haute densité telles les condos. On entends pas beaucoup parler du transfert de leur fardeau alimentaire vers l'afrique. L'automne dernier on apprenait que d'énormes propriétés du Kenya, si ma mémoire est bonne, serait dédiée à l'agriculture pour la population chinoise qui commence à manquer de capacité de d'auto-production. En échange, quelques travailleurs africains recoivent des salaires médiocres et rien de cette production ne se retrouve dans le ventre des habitants du continent originel...Encore une fois, on crée de la richesse mais la valeur de l'égalité y perd au change...
Julien Roberge, Vancouver C.-B.
















