3 décembre 2008
Le trio infernal
Depuis quelques années déjà, on parle abondamment de ce duo infernal formé, en Asie centrale, par le Pakistan et l'Afghanistan, dans ces impénétrables « zones tribales » à la frontière des deux pays. Avec leurs montagnes sublimes et leurs tunnels diaboliques, où se cacherait Oussama Ben Laden. Avec leurs histoires d'Al-Qaïda, de guérilla invincible et de talibans sans cesse renouvelées. Avec l'Afghanistan devenu « bourbier de l'OTAN », et le Pakistan, « pays le plus dangereux du monde ».
Eh bien! il va peut-être bientôt falloir parler du « trio infernal » de l'Asie centrale, pour y inclure ce géant démographique (et bientôt économique) nommé Inde. L'Inde a d'ailleurs connu en 2008 un crescendo d'attentats terroristes dans diverses villes, sans que l'Occident en prenne note. Jusqu'à ce que le carnage de Mumbai (Bombay), beaucoup plus sanglant que les attaques précédentes (à Jaipur, New Delhi et ailleurs), ramène soudain l'Inde et ses malheurs à la une des médias du monde entier. Pour nous rappeler que le feu s'étend et que derrière le boom économique de quelques métropoles indiennes, il y a des maladies sociales de plus en plus menaçantes.
La « main du Pakistan »?
Attentats à Mumbai, terrorisme urbain, cibles occidentales... Tout cela signifie, pour beaucoup d'Indiens, la main « malfaisante » du Pakistan, ce vieil ennemi voisin, avec qui on a fait la guerre par trois fois déjà depuis l'atroce séparation de la fin des années 40. Et cela signifie aussi, selon les soupçons de plus en plus crédibles des services de renseignement indiens et américains, le groupe Lashkar-e-Taiba (« l'Armée des justes »). Un nom qu'il va maintenant falloir intégrer à notre vocabulaire, après « Al-Qaïda » et « talibans ».
Ce groupe originaire du Cachemire a été formé par des fondamentalistes musulmans qui veulent, entre autres, séparer par la violence le Cachemire du reste de l'Inde. Le Cachemire qui est, rappelons-le, l'unique État à majorité musulmane à l'intérieur de ce pays, et qui reste une éternelle pomme de discorde entre New Delhi et Islamabad. Depuis le Cachemire, le Lashkar-e-Taiba a aussi plongé ses tentacules en Afghanistan, à travers l'Himalaya pakistanais.
C'est un groupe qui a été, à l'origine, le jouet, voire la créature des services secrets du Pakistan, le fameux ISI (Inter Service Intelligence), bien connu pour son double jeu entre la « loyauté » au pouvoir d'Islamabad et ses accointances islamistes.
L'Inde a donc accusé « des éléments venus du Pakistan », et le Pakistan a immédiatement nié toute implication. Mais c'est une chose de dire « implication du gouvernement du Pakistan » (et à ce chapitre, il est vraisemblable que l'actuel gouvernement d'Islamabad soit innocent). C'en est une autre de dire « implication d'éléments qui viennent de ce pays-là ».
Et dans ce cas, oui, il y a un faisceau de présomptions et d'indices qui convergent vers le « Pays des purs », le Pakistan, terreau des groupes islamistes en liberté.
L'épicentre du terrorisme
Ces attentats rappellent, s'il en était besoin, que l'épicentre du terrorisme se trouve de plus en plus dans cette région du monde, qu'il faudra désormais voir comme le continuum « Inde-Pakistan-Afghanistan ».
Mais tous ces groupes – Al-Qaida, talibans pakistanais, talibans afghans, Lashkar-e-Taiba et autres – ont aussi, avant de converger et de collaborer les uns avec les autres, leurs identités propres, leurs causes et leurs motivations. Au-delà de la revendication générale « islamiste et antioccidentale », ils sont ancrés localement.
En Inde, c'est la question du Cachemire et les mauvais traitements infligés à la minorité musulmane. Ou encore, la colère antipakistanaise des hindous. En Afghanistan, c'est la question des « envahisseurs » de l'OTAN. Au Pakistan, c'est l'inféodation réelle ou supposée du gouvernement aux Américains. Les causes ne manquent pas!
Tout le monde a souligné le « professionnalisme » des terroristes de Mumbai. Et aussi le fait qu'il ne s'agissait pas d'attentats-suicides (même si la plupart des assaillants ont finalement été abattus). On en a déduit qu'ils devaient avoir une bonne organisation derrière eux, et que cette organisation n'était pas Al-Qaïda.
On a noté également qu'ils s'en sont pris à des cibles étrangères: les Juifs, les Américains, les Britanniques. Cela confère à ces actes une dimension internationale: frapper Mumbai comme ville cosmopolite et ouverte à l'Occident. Affirmer l'hostilité aux Occidentaux, aux États-Unis, aux Juifs.
Et voilà comment le monde assiste, impuissant, à une nouvelle « mise en réseau » de doléances locales, souvent justifiées, et à leur récupération par des groupes transnationaux qui les dépassent, et qui ne cessent d'étendre leur rayon d'action.
François Brousseau est le chroniqueur-analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales.
François Brousseau est souvent allé sur le terrain à l'étranger. Il a notamment signé, surtout dans Le Devoir, des reportages d'Haïti, d'Italie, de Pologne, de l'ex-Tchécoslovaquie et de l'ex-Yougoslavie, d'Israël, de Taïwan et de Cuba. Au fil des ans, il a pu interviewer des personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, Jean-Bertrand Aristide, Kim Dae-Jung, Shimon Peres, Ariel Sharon, José Ramos-Horta, Oscar Arias et Giulio Andreotti.
Entré à l'emploi de la première chaîne radio de Radio-Canada en 2002, il avait déjà une longue expérience en journalisme écrit. Il a notamment fait sa marque comme reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour le quotidien Le Devoir de 1991 à 1997, journal dans lequel il a également tenu une chronique hebdomadaire de 2005 à 2007.
En 1994, il a reçu la Bourse Michener pour journalistes. Cette récompense lui a permis de mener un séjour prolongé de recherche en Italie et de ramener plusieurs reportages de ce pays.
Après un mandat de trois ans (1997-2000) comme directeur des communications à la Délégation générale du Québec à New York, il est revenu à Montréal où il a retrouvé sa passion: le journalisme. D'abord à l'écrit en tant que reporter au magazine L'actualité en 2001-2002. Il a été récipiendaire, à ce titre, d'un National Magazine Award pour l'article «Sommes-nous seuls dans l'Univers?», paru en août 2001. Mais aussi et surtout à la radio, qui est devenue, à partir de 2002, son nouveau médium de prédilection.
En 2003 et en 2004, il a été responsable de la revue de presse internationale quotidienne à l'émission Maisonneuve en direct. De 2004 à l'automne 2007, il était responsable des affectations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs à l'information internationale pour les nouvelles à la radio.
Passionné des cultures étrangères, François Brousseau parle six langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais et polonais.
15 décembre 2008
L'épicentre du seisme va se déplacer vers l'Inde,puisqu'il est le pays émergent de cette région.L'écart entre riche et pauvre va s'accentuer à une vitesse folle.Alors les jeunes pauvres qui n'ont pas eu cette chance pour s'éduquer,vont se laisser s'endoctrner
par des fanatiques religieux et ferront feu de tout bois.TOUTES les causes sont bonnes pour semer la terreur,que ce soit en Inde,au Pakistan, en Afghanistan.
À qui profite ces crimes,sûrement pas à ces jeunes qui se retrouvent dans un cul de sac,
mais à ceux qui font de l'argent:aux Occidentaux,qui vendent des armes sophistiqués.Attendez voir,si un jour la rage au coeur de ces jeunes démunis n'atteidra pas son paroxysme pour les pousser à commettre le crime inniomable:la bombe atomique ou un autre World Trade Centre.
Ani Kassabian, Montreal
8 décembre 2008
Le terrorisme n'est-il pas l'arme des pauvres ? Comment répondre à la violence d'armements sophistiqués occidentaux mieux que par ces carnages incessants et lancinants ?
Nous sommes en partie responsables de ces fléaux, car la misère humaine est la nourriture des fanatismes religieux. Il aurait été souhaitable, pendant qu'il en était encore temps, avant l'invasion de l'Afghanistan par les talibans, de répandre dans ce pays les bienfaits de l'éducation et d'y déverser un peu de la richesse mondiale... bien à l'abri dans les paradis fiscaux.
La violence s'amplifie parce que l'écart entre les bien nantis et les plus démunis de la planète ne cesse d'augmenter. Tant que cette iniquité existera, aussi bien dire encore très longtemps, le terrorisme fleurira et il étendra ses tentacules bien au-delà des points chauds actuels.
Marc-André Villeneuve, Saint-Elzéar-de-Témiscouata QC
4 décembre 2008
J'ai lu votre excellent article plusieurs fois avec intérêt et une certaine dose de découragement. Merci pour ce troublant tableau.
Le Monstre du terrorisme, que nous, Occidentaux, avons beaucoup contribué à nourrir, est devenu incontournable. Je ne serais pas surpris qu'il étende ses tentacules en Afrique et en Amérique du sud, ou ailleurs, et peut-être même sous une autre gouverne que celle des fondamentalistes islamistes. Quoique ces derniers exploitent à merveille, comme vous le dites si bien, les doléances locales.
Plutôt que d'étendre la guerre dans ces contrés troublées, n'aurait-il pas été préférable d'apporter de l'aide économique et de l'éducation, avant même que les talibans, pour donner un exemple, n'envahissent l'Afghanistan ?
Les terroristes de tout acabit recruteraient certes moins de fidèles si la richesse mondiale était mieux répartie. Les religions sont dangereuses, car elles endoctrinent facilement les démunis en promettant le ciel après une mort glorieuse.
Les Celtes étaient des guerriers redoutables parce qu'ils ne faisaient pas de clivage entre la vie matérielle et la vie éternelle. Il n'est rien de plus redoutable que les convictions religieuses et fanatiques.
Et dire que nous avons élu un Premier ministre canadien qui défend, comme W. Bush, les multinationales pétrolières et qui façonne un monde de privilégiés, à l'opposé d'une société égalitaire. Et dire que nous nous apprêtons à élire un Premier ministre québécois pour qui ses amis du patronat sont plus importants que les citoyens qu'il serait sensé représenter.
Marc-André Villeneuve, Saint-Elzéar-de-Témiscouata QC
4 décembre 2008
Totalement d'accord avec M. Yves Filiatrault.
Il faudrait tenter d'éclaircir «À qui profite le crime?»
Chose sûre, le Pakistan depuis que le dictateur bien-aimé a été mis de côté, est moins soumis aux ÉU.
Il est clair que les ÉU ont pris en grippe ce pays "ancienne dictature «démocratique», devenu soudainement le pays le plus dangereux de la région (il faut relire les articles d'il y a un an et demi, lorsque M. Negroponte rendait visite au dictateur "démocratique" Musharraf). Le Pakistan est rapidement passé de «meilleur allier» de la région contre le terrorisme au «pire danger». On constate que l'image d'un pays suit son entrain à défendre la vision US.
«Rice se rend en Inde pour réduire la tension» (sic)
«Rice presse le Pakistan de coopérer»
«Rice a appelé lundi le Pakistan à une coopération «totale» avec l'Inde»
«Gates félicite les Indiens pour leur retenue après les attentats»
«McCain à New Delhi pour montrer sa solidarité avec l'Inde»
«...le chef de la police de la ville, en ajoutant avoir des «preuves sérieuses» (comme pour les ADM) que les assaillants «venaient du Pakistan».
«...regain de tension entre New Delhi et Islamabad»
«Bush envoie Rice en Inde cette semaine»
«Washington "aide" pour l'enquête» ???
Ce ne sont que des titres. Des titres illustrant «l'intérêt» US pour la chose!
Les pures, les justes s'en mêlent une fois de plus.
Que feraient les pays souverains sans ces justiciers? Peut-être feraient-ils la paix? Qui sait?
Chose sûre, le Moyen Orient est à feu et à sang depuis 2001 et le terrorisme fleurit comme le pavot en Afghanistan.
À qui profite politiquement le crime?
À qui profite le terrorisme?
Qui donc contrôle le monde à l'aide du terrorisme?
«Washington "aide" pour l'enquête» ???
2009 s'annonce pour être l'année antiPakistan. Ils n'ont pas réussi à conserver Musharraf, alors d'autres moyens sont envisagés. Parlons-en à M. Negroponte.
Serge Charbonneau, Québec
3 décembre 2008
Bonjour monsieur Brousseau,
Et oui, encore un groupe de monstres religieux intégristes qui croit que toute la planète doit s'occuper de leur problèmes locaux.
Des groupes ou la majorité des membres sont des ignorants religieux controlés par une ou deux personnes qui y voient un intérêt personnel, économique ou politique et sont prêt à tuer n'importe qui pour arriver à leur fin.
Ce que je trouve de plus pitoyable, c'est que des gens croient que la planète entière doit s'occuper de leur intérêts. Ils n'ont pas à faire d'efforts, les autres souffriront pour eux.
Pour moi, ce ne sont pas des guerres économiques, ce sont des guerres religieuses qui se cachent derrière des intérêts politiques et économiques.
Et dire que des gens se croient citoyens du monde, oh là là.
Merci,
Serge Choquette, Québec
3 décembre 2008
Qu'est-ce qui fait que tout ce beau monde est enragé contre les anglais,les américains,etc...Il faut expliqué clairement cela.Ce que vous ne faites pas.Merci!
Yves Filiatrault, Ste-Véronique
















