 La commission GomeryDes centaines de milliers de téléspectateurs ont suivi assidûment les audiences de la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires. Les audiences de la commission Gomery ont duré neuf mois et se sont terminées le 17 juin 2005. Cette commission d'enquête a été la plus coûteuse de l'histoire du Canada. Les services des avocats ont coûté 6,7 millions de dollars au gouvernement fédéral et la vérification comptable, 7 millions. La Commission a entendu les témoignages de 184 témoins, notamment des députés et ministres du Parti libéral du Canada (PLC), des fonctionnaires, et surtout des dirigeants d'agences de communication et de publicité proches du PLC. Le public a également pu faire connaître son point de vue. Le juge Gomery a en effet demandé à la population, en août 2005, de lui faire part de son point de vue sur ce scandale avant la rédaction de son rapport final. Des milliers de citoyens ont répondu à cet appel. Les témoignages entendus pendant les audiences ont révélé que les agences de publicité ont empoché des honoraires d'environ 150 millions de dollars sur les 311 millions qui constituaient le budget global du programme de commandites, dont le but était de promouvoir le Canada, en réaction à la montée du mouvement souverainiste. Elle a aussi levé le voile sur un système occulte par lequel des entreprises bénéficiaires de contrats du gouvernement auraient assuré le financement du PLC. Les chefs du PLC
 . | | Jean Chrétien . |
Lors de sa comparution devant la Commission, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a défendu le programme des commandites et a soutenu qu'il avait été indispensable pour préserver l'unité du Canada. Il a affirmé qu'il ignorait tout des malversations qui auraient pu se produire dans le cadre de ce programme. Quant à l'actuel premier ministre, Paul Martin, il a nié toute implication de sa part dans la gestion du programme. C'était la première fois qu'un premier ministre canadien en exercice devait répondre publiquement à des avocats de ses faits et gestes à propos d'un scandale. Charles Guité
 . | | Charles Guité . |
Le témoignage de l'ancien directeur du programme des commandites était fort attendu, après que de nombreux autres témoins l'eurent incriminé dans le scandale. Mais M. Guité a refusé de prendre le blâme. Il a plutôt accusé le ministre Alfonso Gagliano et des membres du bureau de Jean Chrétien d'avoir usé de leur influence pour choisir telle firme de publicité ou telle autre. Pourtant, en novembre 2004, M. Guité affirmait au juge Gomery qu'il n'avait jamais été témoin d'ingérence politique dans le choix des agences.
M. Guité a reconnu que des firmes à qui il avait donné de gros contrats, lorsqu'il était fonctionnaire, lui ont, à leur tour, attribué des contrats d'une valeur de plus de un million de dollars lorsqu'il a pris sa retraite. Coffin Communication
 . | | Paul Coffin . |
Coffin Communication a obtenu des contrats d'une valeur de près de huit millions de dollars du programme des commandites. Une partie des revenus de Paul Coffin, son ancien président, provenait de fausses factures réclamées par Charles Guité, selon le témoignage de M. Coffin. La relation entre MM. Guité et Coffin dépassait le strict cadre des affaires. Ainsi, M. Coffin a payé par chèque personnel le bateau qu'il a acheté de M. Guité. M. Coffin a également affirmé que son entreprise avait reçu 86 000 $ de Travaux publics pour servir d'intermédiaire entre le ministère et la firme BCP, proche des libéraux et dirigée par John Parisella, ancien chef de cabinet de Robert Bourassa. Groupe Everest
 . | | Claude Boulay . |
Le président de Groupe Everest, Claude Boulay, a grassement profité du programme des commandites. Entre 1994 et 2003, il a obtenu des contrats de commandites pour une valeur de 67,6 millions de dollars. À cette somme s'ajoutent 40 millions de dollars en contrats accordés par d'autres ministères fédéraux, dont 4 millions par le ministère des Finances, alors dirigé par Paul Martin. Claude Boulay pratiquait également la double facturation. Pour une même commandite, il facturait des frais de commission à Travaux publics Canada et à l'organisme commandité. M. Boulay et son épouse, Diane Deslauriers, ont travaillé bénévolement au bureau de circonscription de Paul Martin. Ils minimisent tous deux l'intimité de leur relation avec Paul Martin, ce que certains documents contredisent. M. Boulay entretenait également des relations d'affaires avec le fonctionnaire Charles Guité, directeur du programme des commandites. Groupaction
 . | | Jean Brault . |
Le témoignage le plus spectaculaire a été celui du président de Groupaction, Jean Brault. Il a levé le voile sur un système clandestin, monté par des organisateurs du PLC, pour assurer le financement du parti à même l'argent du programme des commandites. Jean Brault a affirmé que des dirigeants du PLC lui avaient explicitement demandé de verser 1,2 million de dollars au parti en échange de contrats du gouvernement d'une valeur de 52 millions de dollars. Ces sommes auraient été versées en argent liquide, en paiement de fausses factures et en salaires versés à de faux employés de Groupaction, qui travaillaient en réalité pour le PLC.
« L'État et la politique ne faisaient qu'un dans le cas des commandites », a affirmé M. Brault. M. Brault a également affirmé qu'il avait contribué illégalement au Parti québécois et au Parti libéral du Québec. Lafleur Communication Marketing
 . | | Jean Lafleur . |
Le témoignage de Jean Lafleur, ancien président de Lafleur Communication Marketing (LCM) et proche de plusieurs ministres libéraux, a été marqué par de multiples trous de mémoire. Il a quand même permis d'apprendre que Jean Lafleur et sa famille avaient grassement profité du programme des commandites. Entre 1994 et 1995, les contrats alloués à LCM sont passés de 52 000 $ à 9 millions de dollars. M. Lafleur, son épouse, sa fille et son fils Éric ont, quant à eux, reçu plus de 12 millions de dollars en salaires et en bonis, de 1994 à 2000. LCM a également accordé de nombreux contrats à la firme d'Éric Lafleur, Publicité Dézert, pour l'achat d'articles promotionnels. Dézert acquérait les articles, puis les vendait à LCM en doublant le montant de la facture. LCM les livrait ensuite au ministère des Travaux publics en ajoutant sa propre commission de 12 %. LCM facturait jusqu'à 245 $ l'heure pour du travail de manutention, d'emballage et d'expédition d'articles promotionnels. Une dizaine d'employés de LCM ont versé 1000 $ chacun en contribution à une candidate libérale en 1997. Gosselin Communications
 . | | Gilles-André Gosselin . |
Du côté de Gosselin Communications, autre firme qui a profité du programme de commandites, le nombre d'heures prétendument travaillées a provoqué le scepticisme du juge Gomery. Entre mars 1997 et mars 1998, le président de la firme, Gilles-André Gosselin, a en effet facturé 3673 heures de travail, soit plus de dix heures par jour, toute l'année, sans aucun jour de congé. Tout comme les Lafleur, la famille Gosselin a fait ses choux gras du programme des commandites. L'entreprise d'Andrée C. Gosselin, épouse de Gilles-André Gosselin, et celle de son fils Nicolas ont obtenu des contrats en sous-traitance pour la fourniture d'articles promotionnels. Jacques Corriveau
 . | | Jacques Corriveau . |
Jacques Corriveau est un ami de Jean Chrétien et milite au Parti libéral du Canada depuis une quarantaine d'années. À l'époque du programme des commandites, il dirigeait la firme Pluri-Design. Dans son témoignage, il a affirmé n'avoir jamais parlé de commandites avec JeanChrétien. Corriveau a admis avoir reçu 6 millions de dollars grâce au programme des commandites. Le premier jour de son témoignage, il a dit qu'il s'agissait de commissions sur des contrats de commandites attribués à des agences. Le lendemain, il a affirmé que la somme représentait des honoraires pour ses services de démarchage et pour ses services conseil. Il a toutefois été incapable de décrire le travail effectué pour la somme de 6 millions de dollars. Le mandat de la commission Gomery La commission Gomery a reçu le mandat de faire enquête sur : la création et la gestion du programme de commandites;la sélection des agences de communication et de publicité;l'utilisation des fonds publics dans les activités publicitaires et le programme de commandites.La commission doit également faire des recommandations pour que les futurs programmes de commandites ou d'activités publicitaires soient mieux gérés.
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